Procédure de notification de 90 jours en Suisse pour les travailleurs détachés : la règle des 8 jours, le suivi 90/90 et les dossiers de conformité prêts pour l’inspection
- Paul Richmond
- il y a 2 heures
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Les employeurs suisses et les prestataires de services étrangers sous-estiment souvent la rapidité avec laquelle une courte série de missions en Suisse peut engendrer des problèmes réglementaires. La procédure d'annonce de 90 jours (Meldeverfahren) vise à faciliter les prestations transfrontalières des fournisseurs de l'UE/AELE, mais elle n'exempte pas des obligations en matière de droit du travail et de sécurité sociale. Il s'agit d'un système structuré, assorti de délais stricts, d'une limitation du nombre de jours pouvant être effectués sans permis de travail suisse et d'un système d'inspection rigoureux mis en place par les services de contrôle des travailleurs détachés suisses.
Cet article s'adresse aux prestataires de services de l'UE/AELE et du Royaume-Uni. Il explique le fonctionnement concret de la règle des 8 jours, le calcul et le suivi des 90 jours, le passage de la notification à la demande d'autorisation, et les éléments essentiels d'un dossier de conformité complet permettant à vos employés de se présenter à une inspection sur site sans encombre.
1. Ce qu’est réellement la procédure de notification suisse de 90 jours (et ce qu’elle n’est pas)
En Suisse, la procédure de notification préalable de 90 jours est un système simplifié de prénotification pour certains travaux de courte durée effectués en Suisse par des prestataires de services étrangers (et, dans certains cas, par des travailleurs indépendants). Elle permet de commencer le travail sans passer par la procédure habituelle de permis de travail suisse, à condition que l'activité relève du régime, que toutes les notifications soient soumises correctement et dans les délais, et que la durée du travail effectué en Suisse ne dépasse pas les limites de jours applicables.
Deux points sont essentiels sur le plan opérationnel. Premièrement, la « notification » ne signifie pas l’absence de règles. Les travailleurs détachés en Suisse restent soumis aux conditions minimales de travail et de salaire suisses en vigueur dans le secteur et la région concernés, ainsi qu’aux contrôles des autorités cantonales et sectorielles. Deuxièmement, la procédure de notification n’est pas un outil universel pour tous les types de travail. Si l’activité n’est pas éligible, si la personne n’entre pas dans le champ d’application (par exemple, en fonction de sa nationalité et du statut juridique de son travail), ou si les limites de jours sont dépassées, une autorisation de travail suisse s’applique.
Les prestataires de l'UE/AELE sont les utilisateurs classiques de la procédure de notification, car celle-ci est liée au cadre suisse des services transfrontaliers avec les États membres de l'UE/AELE. Les entreprises britanniques peuvent toujours fournir des services en Suisse, mais elles ne doivent pas présumer que le modèle de notification UE/AELE s'applique de la même manière après le Brexit. En pratique, les prestataires de services britanniques doivent souvent évaluer si la mission en Suisse doit être structurée par le biais d'une autorisation suisse (souvent via une entité hôte suisse, une mission auprès d'un client suisse disposant de l'autorisation de travail appropriée, ou toute autre voie légale), plutôt que de se fier à une notification de type UE/AELE.
2. La règle des 8 jours : délai de préavis, exceptions et modalités d’application
Une contrainte opérationnelle majeure est la « règle des huit jours » en Suisse. En règle générale, la notification doit être soumise au moins huit jours avant le début des travaux en Suisse. Il ne s'agit pas d'une simple recommandation. Dans de nombreux cantons, les notifications tardives peuvent entraîner des mesures coercitives allant de l'arrêt immédiat des travaux (en pratique, une injonction de cesser l'activité) à des sanctions administratives à l'encontre du prestataire de services. Une notification tardive tend également à accroître la probabilité d'un contrôle plus approfondi, notamment dans les secteurs à haut risque.
L'erreur la plus fréquente en matière de conformité est de considérer la « date de voyage » comme la date de référence. La date juridiquement pertinente est celle du début du travail en Suisse. Si un travailleur entre en Suisse le dimanche et commence le lundi, le lundi est généralement considéré comme le premier jour de travail aux fins de la notification, mais le délai de notification est calculé à rebours à partir du début du travail, et non à partir de l'entrée sur le territoire. En revanche, si la personne entre en Suisse et exerce une activité professionnelle dès le premier jour (installation, mise en service, tests sur site ou toute activité en contact avec la clientèle allant au-delà des simples réunions d'affaires), la date de début de travail peut être la date d'entrée.
En pratique, il existe quelques exceptions permettant de notifier des travaux urgents dans un délai plus court (par exemple, certaines réparations d'urgence). Ces exceptions sont interprétées de manière restrictive par les autorités et doivent être considérées comme telles, nécessitant une documentation précise de l'urgence et de la nature des travaux. Si vous invoquez une exception, le dossier de conformité doit démontrer pourquoi la mission n'aurait pas pu être raisonnablement planifiée dans le délai normal et en quoi l'activité relève de l'exception telle qu'appliquée dans le canton concerné.
Sur le plan opérationnel, la meilleure méthode consiste à intégrer le délai de 8 jours dans le processus de contractualisation et de mobilisation : une lettre de mission signée, un périmètre de travail défini, une adresse de site confirmée et des dates confirmées doivent exister avant la réservation du voyage, et non après.
3. Comment les 90 jours sont comptabilisés : suivi « 90/90 » dans les missions réelles
Les « 90 jours » ne correspondent pas à un séjour touristique de 90 jours en Suisse. Il s’agit d’un quota de jours de travail, calculé dans le cadre des obligations de déclaration, attribué par personne et par entreprise, et dont le suivi doit être rigoureux. Dans de nombreux projets concrets, le problème n’est pas un long séjour unique, mais des déplacements courts et répétés : deux jours ici, trois jours là, une semaine pour la mise en service, une autre pour les interventions sous garantie. Sans un suivi rigoureux, les entreprises peuvent dépasser ce quota sans s’en apercevoir.
Pour le calcul des jours de travail, le principe de base est le suivant : tout jour où du travail est effectué en Suisse est généralement comptabilisé, même partiellement. Une arrivée le matin suivie d’une journée de travail l’après-midi est généralement prise en compte ; une journée passée entièrement hors de Suisse ne l’est pas. Les week-ends et les jours de repos peuvent être comptabilisés ou non, selon qu’un travail y est effectué ou non. Par prudence, il est recommandé de comptabiliser tout jour de travail sur site, tout déplacement entre sites suisses dans le cadre d’une mission, ou toute autre activité professionnelle réalisée physiquement en Suisse, et de documenter les jours véritablement non travaillés.
L’expression « suivi 90/90 » est souvent utilisée par les entreprises pour signifier « ne pas dépasser 90 jours ouvrés déclarés au cours de la période de référence ». En pratique, les entreprises ont besoin d’un système de suivi interne suffisamment précis pour résister à un contrôle : il doit rapprocher les confirmations de déclaration, les justificatifs de déplacement (le cas échéant) et les feuilles de temps. Lorsque des travailleurs se trouvent en Suisse pour des raisons mixtes (par exemple, une réunion de projet suivie d’une intervention sur site), la classification interne doit être cohérente et justifiée, car les incohérences entre les déclarations et la présence effective sont un motif fréquent de contrôle.
Lorsque le délai de 90 jours est presque atteint, la planification devient une question juridique et non plus seulement opérationnelle. Si une mission risque de faire dépasser à un travailleur le nombre de jours de préavis autorisés, l'entreprise doit évaluer au préalable les options de permis suisses et intégrer le délai d'obtention de ces permis dans le plan de projet. Attendre que le délai maximal soit atteint est rarement envisageable, car le traitement des autorisations de travail peut prendre du temps et certains cantons n'autorisent pas le travail transitoire effectué sans statut adéquat.
4. Quand la notification ne suffit pas : déclencheurs courants d’autorisation pour les fournisseurs de l’UE/AELE et du Royaume-Uni
La procédure de notification n'est pas conçue pour couvrir tous les modes de travail. Les principaux motifs de passage à une procédure d'autorisation sont le dépassement du nombre de jours de notification autorisés, une base juridique erronée concernant la nationalité du travailleur ou l'exercice d'une activité qui ne peut être légalement menée sous le régime de la notification.
Pour les ressortissants de l'UE/AELE, le point de transition correspond généralement à l'épuisement du quota de jours de préavis ou au passage d'une prestation de services transfrontalière véritablement temporaire à un emploi assimilable à un emploi local en Suisse (par exemple, une intégration de longue durée au sein d'une entreprise cliente suisse, l'exécution de tâches comme pour un salarié ou une intégration fonctionnelle aux opérations suisses). Même lorsqu'une relation de travail formelle demeure à l'étranger, les autorités suisses examinent la nature réelle de l'accord pour déterminer si la procédure appropriée a été suivie.
Pour les ressortissants britanniques et les prestataires de services britanniques, une mise en garde particulière s'impose. Les ressortissants britanniques ne bénéficient plus de la libre circulation au sein de l'UE. Cela ne signifie pas que chaque séjour au Royaume-Uni nécessite un permis de travail suisse, mais plutôt que le cadre légal pour travailler en Suisse doit être soigneusement vérifié. Certaines activités peuvent relever du statut de visiteur d'affaires (réunions, négociations), tandis qu'un travail productif sur le terrain en Suisse requiert souvent une autorisation de travail. Un prestataire britannique ne doit donc pas concevoir son modèle de prestation en Suisse en supposant que la procédure de notification de 90 jours de l'UE/AELE sera applicable de la même manière.
Au sein de l'UE/AELE comme au Royaume-Uni, le contrôle sectoriel constitue une contrainte pratique réelle. Le bâtiment, les travaux de finition, l'assemblage industriel, le nettoyage, la sécurité, l'hôtellerie-restauration, la logistique et certains services à la personne font généralement l'objet de contrôles approfondis. Dans ces secteurs, un dossier de conformité n'est pas un simple atout ; il est indispensable pour éviter qu'une visite de chantier ne se transforme en interruption de service, en arrêt de travail ou en procédure de sanctions.
5. Dossiers de conformité prêts pour l'inspection : que faut-il préparer et pourquoi est-ce important ?
En Suisse, le contrôle du détachement de travailleurs est fondé sur des documents. Les inspecteurs cherchent généralement à vérifier (i) que le travailleur est dûment déclaré ou autorisé, (ii) que sa couverture sociale est correctement maintenue et (iii) que la législation suisse relative au salaire minimum et aux conditions de travail est respectée. Un dossier de conformité efficace permet donc de répondre à ces trois questions de manière immédiate et cohérente.
Un dossier de conformité pratique pour chaque travailleur et chaque mission comprend généralement une preuve de couverture sociale. Pour les affectations au sein de l'UE/AELE, il s'agit généralement d'un certificat A1 confirmant le maintien de la couverture dans le système de sécurité sociale du pays d'origine. Pour les affectations au Royaume-Uni, le certificat de couverture équivalent dépend du cadre de coordination applicable et de la situation du travailleur. En pratique, vous devez vous assurer de détenir le certificat de couverture approprié pour la période et le pays concernés, et qu'il corresponde aux dates et à la nature du travail effectué en Suisse. Les inspecteurs portent souvent une attention particulière à la concordance des dates : un certificat A1/un certificat de couverture qui ne couvre pas une période différente de celle de l'activité réelle en Suisse, ou qui a été demandé trop tard, constitue une faiblesse courante.
Il est également prudent de joindre la confirmation de notification (ou l'autorisation, le cas échéant), ainsi qu'une lettre de mission claire. Cette lettre doit identifier l'employeur, le travailleur, le client ou l'entité bénéficiaire suisse, l'adresse (ou les adresses) du lieu de travail en Suisse, les dates précises et une description des services à effectuer. Des descriptions vagues peuvent poser problème, notamment si l'activité exercée sur place semble différer de celle déclarée. Une lettre de mission bien rédigée permet également de démontrer qu'il s'agit d'une prestation de services et non d'une embauche locale en Suisse.
La documentation relative aux salaires et au temps de travail est tout aussi essentielle. La Suisse applique les conditions de salaire minimum grâce à une combinaison de dispositions légales et, dans de nombreux secteurs, de conventions collectives et de contrats de travail types. Un prestataire de services doit être en mesure de démontrer la rémunération du travailleur, son adéquation au salaire minimum suisse applicable au lieu et à l'activité, ainsi que les indemnités ou frais journaliers considérés comme des dépenses et non comme des salaires. Les inspecteurs peuvent demander des bulletins de paie, des récapitulatifs de paie, des justificatifs de paiement bancaire et une explication du calcul du taux horaire. Lorsque le travailleur conserve sa grille salariale d'origine, une conversion au salaire minimum suisse est souvent nécessaire afin d'éviter toute contestation de sa rémunération au regard de la législation suisse.
Les feuilles de temps et les registres de présence constituent le dernier élément essentiel. Ils doivent indiquer les jours travaillés en Suisse, les heures travaillées, ainsi que le lieu ou le projet. Ces informations sont non seulement importantes pour le respect des obligations salariales, mais elles permettent également de justifier le suivi sur 90 jours. Les incohérences entre les périodes déclarées et les feuilles de temps sont souvent interprétées comme un signe de non-conformité plus générale, même lorsque le problème sous-jacent est d'ordre administratif plutôt que de fond.
Une manière concise de concevoir le dossier de conformité est de dire qu'il doit répondre, sans improvisation sur place, aux questions suivantes : qui est le travailleur, pourquoi il se trouve en Suisse, quelle voie d'autorisation s'applique, comment la sécurité sociale est couverte, quelles règles salariales s'appliquent et comment elles sont respectées, et ce que le travailleur a réellement fait et quand.
6. Points de risque pratiques qui entraînent des échecs dans les projets réels
Plusieurs schémas opérationnels récurrents créent une exposition évitable.
Le premier problème est la mobilisation de dernière minute. Lorsqu'un client demande un technicien « demain », il arrive que les entreprises envoient le technicien et tentent de le prévenir ultérieurement. C'est précisément dans ce cas que la règle des 8 jours devient déterminante et que les arguments relatifs à l'« urgence des travaux » sont souvent peu convaincants, à moins d'être réellement étayés par les faits.
Le second problème réside dans la fragmentation de la planification entre les différentes unités opérationnelles. Le service commercial définit un périmètre ; le service de livraison modifie le personnel ; le travailleur se déplace sous un autre code de projet ; les RH délivrent une attestation A1 couvrant des dates différentes ; et l’équipe de conformité ignore la présence de la Suisse. L’approche de la Suisse en matière de contrôle privilégie une documentation cohérente. Si vos dossiers présentent des versions contradictoires, le risque ne se limite pas à une constatation lors de cette visite, mais s’étend à un examen plus approfondi des missions futures.
La troisième difficulté réside dans une mauvaise interprétation de la définition du travail. Une personne assistant à des réunions peut être considérée comme un simple visiteur d'affaires dans de nombreux contextes, mais dès lors qu'elle commence à installer, réparer ou utiliser du matériel de manière pratique, ou encore à effectuer des tâches opérationnelles sur un site suisse, cette activité peut être qualifiée de « travail » nécessitant une déclaration ou une autorisation. Les entreprises doivent donc classer leurs activités avec rigueur et appliquer cette classification de manière uniforme à leurs déclarations, communications clients et feuilles de temps internes.
Le quatrième point concerne la conformité salariale, souvent négligée. Même des entreprises de renom supposent parfois qu'un bon salaire étranger suffit. En Suisse, la conformité consiste à respecter les conditions minimales suisses applicables au secteur et à la région, et à pouvoir le démontrer de manière acceptable pour les inspecteurs.
Conclusion : construire un processus de détachement de travailleurs suisses défendable
Pour les prestataires de services de l'UE/AELE, la procédure de notification à 90 jours est un outil opérationnel précieux, mais elle n'est efficace que si elle est considérée comme un système de conformité et non comme une simple formalité de voyage. La règle des 8 jours doit être intégrée à la mobilisation des projets, et l'utilisation de la notification à 90 jours nécessite un suivi rigoureux par personne permettant de rapprocher les notifications du travail réellement effectué. Pour les prestataires de services britanniques, il est essentiel de ne pas présumer que la logique de notification de l'UE/AELE s'applique automatiquement et d'évaluer au plus tôt si l'activité en Suisse requiert une autorisation.
Pour toutes les nationalités, le résultat des inspections dépend fortement de la préparation. Un dossier de conformité complet, prêt pour l'inspection – comprenant l'autorisation, les justificatifs de sécurité sociale (A1/CoC), les salaires et le temps de travail, ainsi qu'une description claire de la mission – ne se contente pas de réduire le risque de sanctions. Il diminue également le risque de perturbation opérationnelle sur site et constitue un élément de preuve solide en cas de questions ultérieures des autorités.
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