Autorisation de transfert intragroupe (TIC) en Suisse : affectations structurées, emploi antérieur au sein du groupe et analyse comparative des salaires en Suisse
- Paul Richmond
- il y a 16 heures
- 11 min de lecture

Les employeurs multinationaux présument souvent qu'un transfert intragroupe vers la Suisse est une opération relativement simple, un mouvement « interne ». En pratique, l'autorisation de travail en Suisse pour les ressortissants de pays tiers (hors UE/AELE) demeure strictement encadrée et est évaluée selon les mêmes critères que ceux appliqués aux embauches de ressortissants de pays tiers en général : la justification du poste, le niveau hiérarchique ou la spécialisation du candidat, le respect par l'entité suisse de la législation suisse en matière de salaires et de conditions de travail, et la cohérence, la limitation dans le temps le cas échéant et la justification adéquate du dispositif proposé.
Le « permis de travail suisse » ne constitue pas une catégorie unique de permis, contrairement aux dispositifs existants dans d'autres pays. Il s'agit plutôt d'un cas de figure fréquent où les autorités suisses examinent les demandes de permis L de courte durée ou de permis de séjour B avec autorisation de travail, généralement dans le cadre des dispositions relatives aux ressortissants de pays tiers. Le contexte intragroupe peut expliquer la nécessité de la présence d'une personne en Suisse et l'impossibilité d'un recrutement local, mais il ne dispense pas de démontrer la conformité aux exigences du marché du travail et des salaires suisses, ni de l'examen de l'ancienneté ou de la spécialisation du poste.
Cet article explique comment structurer une mission pour qu'elle corresponde aux attentes réglementaires suisses, quelles preuves les employeurs doivent préparer concernant le lien avec le groupe et la justification de la mission, comment prendre en compte l'emploi antérieur au sein du groupe et le positionnement de « spécialiste », pourquoi l'analyse comparative des salaires en Suisse est souvent déterminante et ce qui tend à déclencher des refus.
1. Comprendre le contexte juridique suisse des transferts intragroupes
Pour les ressortissants de pays tiers (hors UE/AELE), l'autorisation de travail et de séjour en Suisse est régie par la loi relative aux étrangers et à l'intégration (LEEI) et son cadre d'application. La prise de décision est partagée entre les autorités cantonales du marché du travail et des migrations et le Secrétariat d'État aux migrations (SEM) pour les autorisations relevant des catégories soumises à quotas. Même en cas de mobilité au sein d'un même groupe, l'entité suisse est généralement considérée comme l'employeur parrainant aux fins de la législation suisse et doit pouvoir démontrer que l'engagement en Suisse est conforme aux normes suisses.
L’argument du transfert intragroupe est le plus convaincant lorsqu’il s’inscrit dans la logique qui sous-tend les critères d’admission en Suisse : la Suisse admet généralement les ressortissants de pays tiers qui sont cadres, spécialistes ou autres travailleurs qualifiés, et lorsque le besoin de l’entreprise est crédible et proportionné. Une demande de transfert au titre des « TIC » qui, en substance, ressemble à une simple décision de recrutement pour un poste facilement pourvu localement, se heurtera inévitablement à des difficultés, notamment si l’analyse comparative des salaires est insuffisante ou si le statut de « spécialiste » est revendiqué plutôt que démontré.
Les employeurs doivent également tenir compte des quotas et des contraintes de traitement. Les permis L et B hors UE/AELE sont généralement soumis à des quotas, et les délais varient considérablement selon le canton, la saisonnalité et l'exhaustivité du dossier. Un dossier bien structuré n'est pas une simple formalité ; il fait souvent la différence entre une approbation cantonale rapide et un examen prolongé par le SEM, voire un refus.
2. Structuration de la mission : le récit attendu par les autorités suisses
Les autorités sont généralement plus réceptives aux missions définies comme ayant une durée déterminée, axées sur un projet précis et justifiées par un besoin opérationnel clairement identifié en Suisse. Même si l'entité suisse souhaite conserver le collaborateur à plus long terme, il est généralement contre-productif de soumettre une demande de mutation sans date de fin précise, sans description claire du poste en Suisse, sans hiérarchie clairement définie et sans explication crédible justifiant la présence de cette personne en Suisse.
Une justification convaincante d'une mission répond généralement à quatre questions de manière cohérente dans la lettre de l'employeur, les documents relatifs à l'emploi et tous les documents relatifs au projet.
Tout d’abord, quel est l’objectif commercial suisse (par exemple, la mise en œuvre d’un système spécifique, la création d’une fonction réglementée, le transfert de savoir-faire, le lancement d’un produit, un programme de redressement, l’intégration d’un groupe après une acquisition) ?
Deuxièmement, pourquoi cela doit-il se faire en Suisse plutôt qu'à distance ou par de courtes visites ?
Troisièmement, pourquoi a-t-on besoin de cette personne plutôt que d'un recrutement local ou d'un recrutement UE/AELE ?
Quatrièmement, à quoi ressemble le « succès » et quelle est sa durée prévue ?
Lorsque le dossier repose sur un transfert de connaissances, les employeurs doivent éviter tout langage vague. Les autorités suisses sont habituées à ce que l'expression « transfert de connaissances » soit utilisée comme justification fourre-tout. Il est plus efficace de décrire concrètement le savoir-faire transféré, pourquoi il est exclusif ou rare, qui sont les homologues suisses et comment le bénéficiaire permettra à l'entité suisse de fonctionner de manière indépendante après le transfert.
La structure juridique de l'engagement doit être cohérente avec le récit. Si la personne est employée et rémunérée par l'entreprise suisse, le contrat suisse doit respecter les normes salariales suisses. Si la personne conserve un contrat de travail dans son pays d'origine, l'entité suisse faisant office d'hôte, le dossier doit néanmoins démontrer que les conditions de travail et le salaire prévus par la Suisse sont respectés, et que le droit du travail et la sécurité sociale suisses sont correctement pris en compte. Les autorités suisses sont particulièrement attentives aux dispositifs qui semblent conçus pour importer en Suisse des conditions de travail étrangères.
3. Preuve du lien avec le groupe d'entreprises et de la relation de travail antérieure
Étant donné que le transfert de fonds en Suisse (TFS) relève essentiellement d'une opération intragroupe, les employeurs doivent considérer les preuves de lien avec l'entreprise comme un élément central de la demande et non comme une annexe. L'objectif est de permettre à l'agent chargé du traitement du dossier de comprendre d'un coup d'œil la relation entre l'entité suisse d'accueil et l'entité d'origine, ainsi que la place du bénéficiaire du transfert au sein de cette structure.
En pratique, cela se fait généralement au moyen d'un organigramme concis présentant la structure du groupe, les participations, les entités concernées et la position de la société suisse. Cet organigramme doit être cohérent avec les documents d'entreprise disponibles. Les pièces justificatives comprennent généralement des extraits du registre du commerce (ou équivalent) de l'entité suisse, une preuve de propriété ou de contrôle lorsque cela n'est pas évident, et une brève lettre explicative confirmant que les entités appartiennent au même groupe.
L'ancienneté au sein du groupe est souvent un facteur déterminant, notamment lorsque l'employeur souhaite que les autorités considèrent le transfert comme une véritable mutation d'un collaborateur interne et non comme le transfert d'un ressortissant d'un pays tiers nouvellement recruté via une filiale étrangère du groupe. Les employeurs doivent donc clairement documenter l'historique professionnel du collaborateur au sein du groupe : contrats de travail, attestations d'emploi, bulletins de salaire et descriptions de poste démontrant sa progression, son ancienneté ou son expertise. Si le collaborateur a effectué des mutations entre différentes filiales du groupe, le dossier doit retracer son parcours afin d'éviter toute interprétation par les autorités.
Lorsque l'expérience professionnelle antérieure est courte, fragmentée ou semble artificielle (par exemple, un engagement de dernière minute auprès d'une société du groupe peu avant le dépôt de la demande en Suisse), l'employeur doit s'attendre à un examen plus approfondi. Dans ce cas, le dossier devra davantage insister sur la qualification du travailleur et sur la justification liée au marché du travail, car l'explication concernant l'expérience au sein du groupe aura moins de poids.
4. Ancienneté et positionnement en tant que « spécialiste » : ce qu’il faut démontrer, et non dire.
Les autorités suisses n'acceptent généralement pas les titres au pied de la lettre. Un titre de « cadre supérieur » assorti de fonctions subalternes a peu de chances d'être accepté, et l'appellation « spécialiste » n'est pas convaincante à moins que l'employeur ne puisse démontrer que l'expertise est à la fois pointue et pertinente pour la Suisse.
Pour les postes de direction, le dossier doit démontrer une réelle responsabilité managériale : gestion budgétaire, encadrement des effectifs, pouvoir de décision et affiliation à la direction. Pour les postes spécialisés, l’accent doit être mis sur la rareté et la complexité des compétences. L’employeur doit établir un lien précis entre l’expertise du candidat et la mission en Suisse, par exemple : expérience d’une plateforme propriétaire spécifique, compétence technique rare, fonction de conformité de niche ou connaissance approfondie des systèmes internes du groupe, compétences qu’il est impossible de reproduire localement dans les délais impartis.
Les justificatifs doivent être cohérents : CV, diplômes et certifications professionnelles, mais aussi documents internes attestant du rôle de la personne dans la pratique (par exemple, descriptions des systèmes gérés, des modules réalisés, reconnaissance interne de son expertise ou de ses responsabilités au sein des projets). Les autorités sont vigilantes face aux descriptions de poste génériques qui pourraient convenir à n’importe qui. Un profil de poste adapté à un projet ou à un besoin opérationnel précis est bien plus crédible.
Il est également important que le niveau de compétences corresponde au salaire suisse proposé. Si un employeur revendique une « expertise spécialisée rare » mais propose un salaire de référence bas de gamme, cette incohérence interne est une cause fréquente d'échec des procédures.
5. Analyse comparative des salaires en Suisse : pourquoi elle est essentielle et comment l’aborder
Le salaire et les conditions de travail doivent être conformes aux normes suisses applicables au lieu, au secteur et au poste. Il ne s'agit pas d'un contrôle superficiel. Dans de nombreux refus, le problème sous-jacent n'est pas que le poste soit impossible à justifier en principe, mais que l'autorité suisse estime que la rémunération proposée n'est pas conforme aux normes locales.
L'analyse comparative doit être envisagée comme un exercice de vérification des données et non comme une simple affirmation. Le contrat suisse (ou la lettre de cession) doit clairement indiquer le salaire de base, les primes le cas échéant, les indemnités et le temps de travail. Les autorités évaluent généralement la rémunération globale et la comparent aux salaires pratiqués pour des postes similaires dans le canton, la région et le secteur d'activité concernés. Lorsque le poste relève d'un secteur à forte rémunération, comme la banque, l'industrie pharmaceutique ou certaines spécialisations technologiques, les cantons peuvent se montrer particulièrement vigilants face à une rémunération inférieure aux normes.
Des problèmes surviennent fréquemment lorsque les employeurs multinationaux appliquent les barèmes salariaux de leur pays d'origine, utilisent des grilles salariales internationales internes qui ne reflètent pas les conditions du marché suisse, ou cherchent à maintenir les salaires suisses à un niveau bas en versant des indemnités hors du système de paie suisse. Même si l'individu est disposé à accepter ces conditions, le consentement n'est pas le critère déterminant ; l'autorité compétente veille à la protection des normes du travail suisses et à la prévention du dumping salarial.
Concrètement, les employeurs doivent s'assurer que le salaire proposé corresponde au niveau d'expérience revendiqué. Si le poste est présenté comme un poste de direction ou hautement spécialisé, la rémunération doit en tenir compte. Si l'employeur doit maîtriser ses coûts, il peut être préférable de définir plus précisément le poste et d'envisager de réduire la durée de la mission, de la circonscrire ou de la repenser (par exemple, en exigeant un profil de compétences différent), plutôt que de tenter de présenter le poste comme celui d'un « spécialiste senior » avec un salaire de niveau intermédiaire.
6. Résultats des permis L et B dans les scénarios TIC
Les missions intragroupes en Suisse donnent généralement lieu à un permis L (séjour de courte durée) ou à un permis B (séjour avec autorisation de travail), principalement en fonction de la durée, de la nature de la mission en Suisse et des pratiques du canton dans le cadre fédéral.
L’obtention d’un permis L est plus fréquente lorsque la mission est clairement limitée dans le temps, généralement inférieure à un an, souvent liée à une phase de projet définie, à un déploiement ou à une mission intérimaire. Les autorités exigent toujours que le poste réponde aux critères de « travailleur qualifié » et au barème salarial, mais le caractère temporaire de la mission est plus facile à justifier lorsque le besoin de l’entité suisse est ponctuel et qu’il serait plus difficile de démontrer un impact à plus long terme sur le marché du travail. Cela dit, le permis L ne doit pas être considéré comme une solution de facilité ; une justification insuffisante des compétences ou des problèmes de salaire peuvent entraîner un refus, quelle que soit la durée de la mission.
L'obtention d'un permis AB est plus probable lorsque la mission est prévue pour une longue durée, lorsque l'entité suisse intègre efficacement le salarié détaché à sa structure organisationnelle existante, ou lorsque ce dernier occupera une fonction permanente en Suisse. Le permis B étant associé à un séjour prolongé, les autorités peuvent examiner si le poste en Suisse correspond réellement aux exigences d'admission d'un ressortissant d'un pays tiers, et si l'employeur a structuré la mission de manière à refléter les réalités du marché du travail suisse.
Dans les deux cas, les employeurs doivent se montrer prudents lorsqu'ils soumettent un dossier qui ressemble à une mutation à durée indéterminée déguisée en « mission », sans cohérence interne. Si l'entreprise envisage une mutation à long terme, il est généralement préférable que la documentation reconnaisse la nature permanente du poste et justifie la demande par un besoin stratégique et le niveau hiérarchique de la personne, plutôt que de se baser sur une date de fin artificielle qui pourrait nécessiter des prolongations successives.
7. Motifs de refus courants et comment les employeurs peuvent réduire les risques
Les refus de transferts intragroupes en Suisse suivent généralement des schémas prévisibles. L'inadéquation salariale est l'un des facteurs les plus fréquents : la rémunération est trop faible pour le poste, les horaires ou les avantages sociaux ne correspondent pas aux normes locales, ou la structure du contrat laisse penser à une tentative de contournement de la législation suisse. Ces problèmes sont souvent évitables grâce à une analyse comparative précoce du marché suisse et à une rédaction soignée des contrats de travail.
Un autre motif fréquent de contestation est la faiblesse des justifications liées à la spécialisation ou à l'ancienneté. Les autorités n'acceptent pas les déclarations génériques concernant la mobilité internationale, la « politique d'entreprise » ou le « savoir-faire interne important » sans une explication crédible justifiant la nécessité pour cette personne d'effectuer le travail en Suisse. Les demandes sont également rejetées lorsque les fonctions décrites relèvent d'un niveau opérationnel inférieur, mais que l'employeur tente de les qualifier de « spécialisées » en raison de l'importance accordée à la personne.
Un troisième élément déclencheur est l'incohérence du dossier. Si l'intitulé du poste, les fonctions, la hiérarchie, la durée et le salaire ne correspondent pas entre la lettre de l'employeur, le contrat, le CV et l'organigramme, cela nuit à la crédibilité et justifie un examen plus approfondi. De même, si la justification de la mission évoque un projet temporaire alors que le contrat est à durée indéterminée, ou si la documentation du projet suggère un travail à distance alors que la demande insiste sur une présence sur site, l'autorité compétente peut conclure que la présence en Suisse n'est pas nécessaire.
Enfin, les employeurs doivent s'attendre à ce que l'autorité cantonale souhaite s'assurer de la capacité de l'entité suisse d'accueil à employer et à superviser le salarié transféré, ainsi qu'à respecter les obligations suisses. Une documentation insuffisante concernant l'activité de l'entreprise suisse, ou une entité suisse qui semble être une coquille vide sans activité réelle, peut susciter des interrogations quant à la sincérité du rôle.
Conclusion : bien comprendre le cas suisse des TIC est un exercice de preuve
La réussite d'une demande de mutation intragroupe en Suisse repose généralement moins sur des arguments juridiques ingénieux que sur une structuration rigoureuse et des preuves tangibles. Le lien avec le groupe doit être clairement établi, l'emploi antérieur au sein du groupe doit être dûment documenté et la justification de la mutation doit expliquer concrètement pourquoi la Suisse a besoin de cette personne à ce poste et à ce moment précis. Surtout, la rémunération et les conditions de travail proposées en Suisse doivent être conformes aux normes suisses et correspondre au niveau d'expérience ou au profil de spécialisation recherché par l'employeur.
Lorsque les employeurs préparent le dossier en amont, harmonisent la documentation et considèrent l'analyse comparative des salaires et la définition des postes comme des enjeux centraux plutôt que secondaires, les cas de transferts de fonds liés aux technologies de l'information et de la communication (TIC) sont souvent gérables, même dans un contexte réglementaire restrictif de pays tiers. Dans le cas contraire, les refus sont généralement dus à des raisons prévisibles et, bien souvent, évitables.
Contactez nos avocats spécialisés en immigration en Suisse
Si vous envisagez une mutation intra-entreprise en Suisse et souhaitez bénéficier de conseils personnalisés sur la structuration de cette mission, la justification de votre statut de spécialiste ou de cadre dirigeant, et l'harmonisation des conditions d'emploi suisses avec les exigences cantonales et celles du SEM, nos avocats spécialisés en droit de l'immigration peuvent vous accompagner. Pour organiser une première consultation, veuillez contacter Richmond Chambers Switzerland par téléphone au +41 21 588 07 70 ou remplir un formulaire de demande de renseignements.
.png)


