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Le régime fiscal suisse de l'impôt forfaitaire expliqué : qui y a droit, qui n'y a pas droit et que signifie réellement « vivre de ses dépenses » ?

Le régime fiscal suisse du forfait explicatif : qui y a droit, qui n’y a pas droit et que signifie réellement « vivre de ses dépenses » ?

L’imposition forfaitaire suisse (souvent appelée « forfait fiscal » en français ou imposition basée sur les dépenses) fait l’objet de nombreux débats, mais est fréquemment mal comprise. Pour les personnes en mobilité internationale envisageant une installation en Suisse, il peut sembler que ce régime fiscal particulier remplace l’impôt sur le revenu classique. En réalité, l’imposition forfaitaire est un dispositif strictement encadré par le droit suisse, accessible uniquement à certains nouveaux résidents répondant à des conditions précises. Elle consiste à imposer le coût du maintien du mode de vie en Suisse plutôt que les revenus mondiaux de manière traditionnelle.


Cet article explique qui est généralement éligible à l'imposition forfaitaire, qui ne l'est pas, et ce que signifie concrètement « vivre de ses dépenses ». Il met également en lumière le lien avec le droit de l'immigration : dans de nombreux cas, l'obtention d'un permis de séjour suisse en tant que ressortissant non-européen est indissociable de l'acceptation par le canton de votre installation sur la base d'un régime d'imposition forfaitaire .


1. Qu’est-ce que l’imposition forfaitaire suisse (et qu’est-ce qu’elle n’est pas) ?


L'imposition forfaitaire suisse n'est ni un impôt à taux unique, ni une exonération fiscale. Il s'agit d'une méthode d'imposition sur le revenu et la fortune pour certaines personnes s'installant en Suisse et n'y exerçant pas d'activité professionnelle. Au lieu de calculer l'impôt sur le revenu et le patrimoine mondiaux de manière classique, l'assiette fiscale est calculée en fonction des dépenses annuelles de subsistance (correspondant, en résumé, au coût de la vie du contribuable), avec des seuils d'imposition minimaux. Ce dispositif est convenu avec les autorités fiscales cantonales, et ses modalités pratiques ainsi que le seuil d'acceptation peuvent varier d'un canton à l'autre, même si le cadre juridique est fédéral.


Il est également important de distinguer la notion d’« imposition des dépenses » de celle de « non-déclaration ». Un accord forfaitaire n’exempte pas de l’obligation de fournir des informations aux autorités fiscales. L’administration fiscale exigera des justificatifs de la base imposable convenue et comparera généralement le calcul basé sur les dépenses à certains « calculs de contrôle » visant à garantir un niveau d’imposition minimal.


Enfin, l’imposition forfaitaire n’est pas un statut d’immigration, mais une méthode d’évaluation fiscale. Cependant, pour de nombreux ressortissants de pays tiers, elle s’intègre aux discussions sur l’immigration, car un titre de séjour sans activité lucrative est souvent conditionné à la démonstration de ressources substantielles et d’une capacité crédible à subvenir à ses besoins à long terme en Suisse.


2. Critère d'éligibilité principal : nouveau résident suisse, sans activité professionnelle en Suisse


Bien que les conditions détaillées doivent être confirmées auprès du canton concerné, la logique d'éligibilité de base est relativement cohérente : l'imposition forfaitaire vise les personnes qui établissent leur résidence fiscale en Suisse et qui n'y exercent aucune activité économique.


L'expression « ne pas travailler en Suisse » est souvent mal comprise. En résumé, le contribuable ne doit ni exercer d'activité professionnelle rémunérée en Suisse, ni y créer une entreprise. Les autorités fiscales s'intéressent non seulement à la dénomination de vos activités, mais aussi à déterminer si elles constituent un travail de source suisse ou une activité indépendante exercée en Suisse. C'est là que les situations concrètes prennent toute leur importance. Par exemple, la gestion de placements personnels diffère généralement de la gestion opérationnelle d'une entreprise en Suisse ; siéger à un conseil d'administration étranger peut être différent de l'exercice effectif de fonctions de direction depuis la Suisse. Plus la Suisse devient le lieu d'exercice effectif des activités rémunérées, plus la condition de « non-travail en Suisse » est compromise.


C’est également un point essentiel en matière de conformité à la législation sur l’immigration. Une personne titulaire d’un permis de séjour suisse n’autorisant pas le travail (ou délivré sous réserve de l’absence d’activité lucrative en Suisse) doit veiller à ne pas exercer d’activité professionnelle en Suisse. Les évaluations fiscales et d’immigration relèvent de systèmes juridiques distincts, mais en pratique, les faits se recoupent et les incohérences peuvent engendrer des problèmes manifestes.


3. Nationalité et statut de résident : pourquoi le parcours migratoire est important


La nationalité n'est pas, en soi, le seul critère décisif pour l'imposition forfaitaire, mais elle influe sur le parcours par lequel une personne devient résidente suisse et sur la manière dont sa situation est évaluée en pratique.


Les ressortissants de l'UE/AELE bénéficient de la libre circulation et peuvent généralement s'établir en Suisse sous réserve des conditions prévues par le cadre UE/AELE (par exemple, en tant que personnes disposant de ressources suffisantes ou retraitées, selon leur situation). Pour eux, la question fiscale peut être relativement dissociée de celle du titre de séjour, car le droit de séjour ne dépend pas nécessairement d'une évaluation cantonale spécifique, contrairement à ce qui se produit souvent pour les ressortissants de pays tiers.


Pour les ressortissants de pays tiers, la situation est plus délicate. Nombre d'entre eux, souhaitant vivre en Suisse sans y travailler, doivent obtenir un permis de séjour, délivré discrétionnairement au niveau cantonal et évalué selon les critères définis par les autorités fédérales. En pratique, des ressources personnelles importantes, un projet de réinstallation cohérent et une situation fiscale acceptable dans le canton de résidence envisagée peuvent constituer des éléments essentiels. En d'autres termes, certaines demandes sont acceptées car le canton est convaincu que le demandeur sera financièrement autonome, bien intégré et ne représentera pas une charge pour le canton ; sa situation fiscale peut en témoigner.


Le statut de résidence a également son importance au fil du temps. Il est fréquent que des personnes s'installent initialement avec un permis de séjour B, puis envisagent d'obtenir la résidence permanente ( permis C ). La résidence permanente est régie par la Loi fédérale sur les étrangers et l'intégration (LEI) et dépend de la durée de résidence légale, de l'historique des permis de séjour et du niveau d'intégration. En règle générale, l'éligibilité au permis C est acquise après dix ans de résidence légale (selon des règles spécifiques de calcul de la durée de résidence). Certaines nationalités bénéficient d'une procédure simplifiée de cinq ans grâce à des traités d'établissement ou à une pratique établie. Il existe également une procédure discrétionnaire d'obtention anticipée du permis C après cinq ans pour les résidents bien intégrés qui satisfont à des exigences linguistiques et d'intégration renforcées. L'imposition forfaitaire ne remplace pas ces conditions ; toutefois, une planification à long terme doit prendre en compte l'impact que le choix du statut de résidence et du mode de vie en Suisse peut avoir sur les projets de résidence permanente ultérieurs.


4. Qui ne remplit généralement pas les conditions requises (et les erreurs courantes dans les « zones grises »)


La catégorie la plus clairement exclue est celle des personnes souhaitant travailler en Suisse. Si vous envisagez d'être employé par un employeur suisse, de fournir des services depuis la Suisse vers le marché suisse ou d'exploiter une entreprise en Suisse, l'imposition basée sur les dépenses n'est généralement pas adaptée à cette situation.


Une deuxième catégorie concerne les personnes déjà résidentes fiscales suisses et imposées en Suisse depuis un certain temps. L'imposition forfaitaire vise les personnes qui s'installent en Suisse plutôt que les résidents de longue date qui souhaitent changer de régime fiscal.


Une troisième catégorie concerne les personnes dont le statut d’inactivité professionnelle n’est pas crédible au regard des faits. Le risque n’est pas seulement le rejet du versement forfaitaire par l’administration fiscale ; il réside également dans la création involontaire de revenus de source suisse, de problèmes liés à la sécurité sociale suisse ou de difficultés de conformité en matière d’immigration. Parmi les erreurs fréquentes, on peut citer la qualification de la gestion quotidienne d’une entreprise comme « investissement passif » sous prétexte que l’entreprise est située à l’étranger, ou le fait de consacrer un temps considérable à des missions de conseil ou de direction rémunérées tout en étant physiquement présent en Suisse.


Les « zones grises » apparaissent souvent du fait de la mobilité du travail moderne. Les autorités suisses s'intéressent généralement au lieu où les activités sont effectivement exercées et à leur caractère lucratif. Les personnes envisageant une imposition forfaitaire doivent structurer leurs affaires avec soin, documenter correctement leurs processus décisionnels et éviter les arrangements informels qui pourraient être ultérieurement interprétés comme une activité exercée en Suisse.


5. Ce que signifie réellement « vivre de ses dépenses » : la base d’imposition en pratique


L'expression « imposition sur les dépenses courantes » est un raccourci. En pratique, les autorités n'imposent pas vos recettes et vos dépenses comme un budget familial. Elles cherchent à établir une assiette fiscale annuelle raisonnable, reflétant le coût du maintien de votre niveau de vie, avec des minimums légaux et administratifs.


Le coût du logement constitue souvent un point de départ, car il est concret et étroitement lié au mode de vie. De nombreux cantons utilisent un multiple du loyer annuel d'un logement suisse comme base minimale (le multiple exact et les modalités de calcul peuvent varier d'un canton à l'autre et doivent être vérifiés localement). L'idée sous-jacente est que le logement d'une personne en Suisse est un indicateur fiable de sa capacité de dépenses globale.


Cependant, les dépenses ne se limitent pas au logement. Les autorités fiscales peuvent prendre en compte les dépenses liées au personnel de maison, aux voyages, aux véhicules, aux frais de scolarité, aux abonnements et autres dépenses courantes. L'objectif n'est pas de recenser chaque facture, mais de constituer une base imposable cohérente et justifiée. Les discussions avec l'administration fiscale visent généralement à convenir d'un montant respectant les seuils légaux et adapté à la situation de la personne.


Cette formulation peut induire en erreur car elle laisse entendre que les revenus mondiaux sont sans importance. En réalité, l'imposition forfaitaire s'apparente davantage à une méthode différente de calcul de l'assiette fiscale suisse qu'à une garantie que les revenus et le patrimoine ne soient jamais pris en compte. De nombreux cantons appliquent des « calculs de contrôle » qui comparent l'assiette fiscale convenue, basée sur les dépenses, à un taux d'imposition minimal calculé à partir de certains revenus de source suisse et, selon les conventions fiscales et les pratiques cantonales, parfois à partir de certains revenus de source étrangère. Si le calcul de contrôle aboutit à une assiette imposable supérieure au montant des dépenses, c'est ce dernier qui peut être appliqué. C'est pourquoi une modélisation préalable rigoureuse est essentielle : le chiffre qui paraît le plus bas n'est pas toujours celui qui sera retenu une fois le mécanisme de contrôle mis en œuvre.


Il est également important de rappeler que la résidence fiscale suisse peut avoir des conséquences qui dépassent le cadre de l'impôt sur le revenu et l'impôt sur la fortune, notamment en matière d'obligations déclaratives et d'interactions avec les systèmes fiscaux étrangers. L'imposition forfaitaire n'est pas une protection absolue contre les obligations fiscales à l'étranger et n'empêche pas d'autres juridictions de faire valoir des droits fiscaux en vertu de leur propre législation.


6. Conséquences pratiques pour les personnes en mobilité internationale


Pour un professionnel pressé par le temps, la question pratique n'est souvent pas « la taxation forfaitaire est-elle théoriquement possible ? » mais « est-elle compatible avec mon mode de vie et de travail ? »


La première conséquence pratique est d'ordre comportemental. Si le dispositif repose sur l'absence d'activité professionnelle en Suisse, vos habitudes de déplacement, le lieu où vous passez vos appels, celui où se négocient les contrats et votre rôle en tant que décideur peuvent avoir une incidence. Plus votre vie ressemble à celle d'un travailleur suisse, plus il est difficile de maintenir le principe du régime et, potentiellement, celui d'un permis de séjour sans activité lucrative.


La seconde conséquence réside dans les variations cantonales et les négociations qui en découlent. Le système fiscal suisse étant fédéral, les cantons disposent d'une marge de manœuvre importante en matière de taux, d'acceptation et de procédures administratives. Par conséquent, un projet de déménagement doit être adapté au canton concerné dès le départ. Il n'est pas rare que la faisabilité d'un accord de versement unique dépende du canton de résidence envisagé, du type de logement prévu et de la clarté de votre situation financière et patrimoniale.


La troisième conséquence est la planification à moyen terme de l'établissement. Si votre objectif à long terme est l'obtention du statut de résident permanent en Suisse (permis C), vous devez planifier votre profil d'intégration en parallèle de votre planification fiscale. Dans le cadre de la FNIA (Frontière d'Intégration Suisse-États-Unis), des facteurs d'intégration tels que le respect de l'ordre public, la participation économique, les compétences linguistiques et l'autonomie financière sont essentiels pour les décisions relatives au statut de résident permanent. Bien que les contribuables percevant un montant forfaitaire soient souvent financièrement autonomes, ils ne doivent pas supposer que leur patrimoine à lui seul justifie leur intégration. Les exigences linguistiques, en particulier, sont pertinentes pour de nombreuses voies d'accès au permis C, y compris les procédures discrétionnaires d'établissement anticipé.


Enfin, il convient de considérer l'imposition forfaitaire comme un élément d'une stratégie transfrontalière cohérente. C'est souvent l'interaction avec les règles de résidence fiscale à l'étranger, les conventions de double imposition et les réalités de la vie familiale (notamment la scolarité et le lieu de travail du conjoint) qui détermine la viabilité de ce dispositif.


Conclusion


L’imposition forfaitaire suisse s’apparente à une méthode d’évaluation basée sur les dépenses, conçue pour les nouveaux résidents suisses vivant en Suisse sans y exercer d’activité lucrative. L’éligibilité n’est pas une simple étiquette ; elle dépend des faits et peut être remise en cause par des activités professionnelles exercées, de fait, depuis la Suisse. « Imposé sur les dépenses de subsistance » ne signifie pas « exonéré d’impôt » ni « sans obligation de déclaration » ; cela signifie que l’assiette de l’impôt suisse est déterminée en fonction des dépenses liées au mode de vie et de seuils minimaux, souvent vérifiés par des contrôles fiscaux. Pour les ressortissants de pays tiers en particulier, le statut fiscal et le statut d’immigration doivent fréquemment être envisagés conjointement, car l’obtention d’un permis de séjour sans emploi est généralement discrétionnaire et fait l’objet d’une évaluation globale.


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