L’imposition forfaitaire suisse donne-t-elle le droit de vivre en Suisse ?
- Paul Richmond
- il y a 1 jour
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Un accord d’imposition forfaitaire suisse ne donne pas, à lui seul, le droit de vivre en Suisse. La Suisse peut permettre à certains ressortissants étrangers remplissant les conditions requises d’être imposés d’après la dépense, mais ce statut fiscal n’est ni une autorisation de séjour, ni une catégorie de visa, ni le prix d’achat d’une résidence suisse.
Cet article s’adresse aux personnes et aux familles qui envisagent de s’installer en Suisse et pour lesquelles l’imposition forfaitaire fait partie de la planification. Il explique comment s’articulent l’éligibilité fiscale, un accord fiscal cantonal, le fondement migratoire du séjour et l’approbation finale du permis.
L’imposition forfaitaire n’est pas un permis de séjour suisse
L’expression courante est « imposition forfaitaire ». Le terme juridique plus précis est l’imposition d’après la dépense, appelée en allemand Aufwandbesteuerung. Il s’agit d’une méthode de taxation applicable à certains ressortissants étrangers, et non d’une voie d’immigration distincte.
Un ruling fiscal cantonal, un accord ou une lettre de confort peut être très pertinent dans un dossier de relocalisation. Dans certains cas concernant des ressortissants de pays tiers, il peut constituer une pièce importante lorsque le séjour est demandé sur la base d’un intérêt fiscal cantonal majeur. Toutefois, l’autorité fiscale et l’autorité migratoire tranchent des questions différentes. La sécurité fiscale soutient la planification ; l’approbation du permis confère le droit de séjour.
C’est pourquoi cette voie ne devrait pas être décrite comme un visa doré suisse. La Suisse ne prévoit pas, à cette fin, de droit autonome à la résidence par investissement. Les demandeurs qui s’engagent dans l’achat d’un bien immobilier, des places d’école, des mouvements de personnel ou une restructuration de family office avant que la faisabilité migratoire n’ait été évaluée peuvent constater que la planification fiscale est plus avancée que le droit légal d’entrer et de séjourner.
Que décide l’imposition suisse d’après la dépense ?
Au niveau de l’impôt fédéral, l’imposition d’après la dépense est principalement régie par l’article 14 LIFD / DBG, l’article 6 LHID / StHG et la Circulaire no 44 de l’Administration fédérale des contributions. De manière générale, le contribuable doit être un ressortissant étranger, devenir assujetti pour la première fois à l’impôt suisse de manière illimitée ou après l’interruption requise, et ne pas exercer d’activité lucrative en Suisse. Les citoyens suisses ne peuvent pas bénéficier de ce régime. Pour les époux vivant en ménage commun, les deux conjoints doivent remplir les conditions fiscales pertinentes.
La base imposable n’est pas un simple forfait fixe. Elle est fondée sur les dépenses, sous réserve de minima légaux et d’un calcul de contrôle. La mise en œuvre cantonale, la documentation et la disponibilité du régime sont également importantes.
Ces conclusions fiscales ne déterminent pas l’admissibilité en matière d’immigration. Un demandeur peut satisfaire aux conditions fiscales tout en ne disposant pas d’un fondement approprié pour obtenir un permis. À l’inverse, un demandeur peut obtenir la résidence puis cesser ultérieurement de remplir les conditions de l’imposition d’après la dépense si les conditions fiscales ne sont plus respectées. Les couples mariés, les anciens résidents suisses qui reviennent en Suisse et les demandeurs conservant des fonctions commerciales doivent donc examiner séparément l’éligibilité fiscale et la stratégie migratoire.
Pourquoi la nationalité change l’analyse de la résidence suisse
La première question de filtrage est la nationalité. Les ressortissants de l’UE/AELE et les ressortissants de pays tiers ne sont pas évalués selon la même architecture migratoire.
Les ressortissants de l’UE/AELE qui n’exercent pas d’activité économique peuvent se prévaloir de l’Accord sur la libre circulation des personnes s’ils remplissent les conditions applicables, notamment des ressources financières suffisantes et une assurance maladie et accidents complète. Le fondement du séjour des ressortissants de l’UE/AELE non actifs est reflété à l’annexe I, article 24, de l’Accord sur la libre circulation des personnes. S’ils remplissent également les conditions de l’imposition d’après la dépense, il s’agit d’un régime fiscal superposé, et non de la source du droit de séjour.
Pour les ressortissants de pays tiers, l’analyse est différente. La fortune et la volonté de payer un impôt suisse substantiel ne créent pas un droit automatique. Le demandeur doit identifier un fondement valable au titre de la Loi fédérale sur les étrangers et l’intégration (LEI / AIG) et de l’Ordonnance relative à l’admission, au séjour et à l’exercice d’une activité lucrative (OASA / VZAE), puis convaincre les autorités compétentes que le dossier doit être approuvé.
L’imposition forfaitaire peut-elle aider un ressortissant de pays tiers à obtenir un permis B suisse ?
Pour les demandeurs ressortissants de pays tiers qui n’entendent pas travailler en Suisse, deux voies sans activité lucrative doivent souvent être examinées.
La première est la voie des rentiers, prévue par l’article 28 LEI / AIG et l’article 25 OASA / VZAE. Elle peut être pertinente lorsque le demandeur a au moins 55 ans et possède des liens personnels particuliers avec la Suisse. Elle ne devrait pas être écartée simplement parce qu’un arrangement fiscal est en cours de discussion.
La seconde est une dérogation discrétionnaire fondée sur des intérêts publics majeurs, prévue par l’article 30 LEI / AIG et l’article 32 OASA / VZAE. Dans le contexte de l’imposition forfaitaire, l’intérêt pertinent peut être un intérêt fiscal cantonal majeur. Il s’agit d’une disposition potestative relevant du pouvoir d’appréciation administratif, et non d’un droit. Une contribution fiscale élevée peut soutenir l’argumentation, mais elle n’est pas déterminante.
Par exemple, un entrepreneur de 48 ans peut négocier des conditions fiscales attractives avec un canton et supposer que les permis B de sa famille suivront. Si le projet d’installation comprend une activité tournée vers la Suisse, une présence physique limitée ou une base familiale qui demeure principalement à l’étranger, le dossier migratoire présente encore des questions non résolues : fondement juridique, restrictions d’activité, schéma de résidence et, dans de nombreux cas, approbation fédérale.
Qui décide : autorité fiscale, autorité migratoire et SEM ?
Dans une relocalisation coordonnée, plusieurs autorités peuvent être impliquées. L’autorité fiscale cantonale négocie ou confirme la position relative à l’imposition d’après la dépense. L’autorité migratoire cantonale examine la demande de séjour au regard du droit de l’immigration. Lorsque l’approbation du Secrétariat d’État aux migrations (SEM) est requise, le canton ne peut pas délivrer définitivement le permis sans l’approbation du SEM.
Tous les scénarios de séjour ne suivent pas le même parcours d’approbation. Certains processus cantonaux lient étroitement les dossiers fiscaux et migratoires ; d’autres traitent les étapes différemment. Les demandeurs et leurs conseils devraient éviter de considérer le mode de fonctionnement d’un canton comme une procédure suisse nationale.
La cohérence est essentielle. La description de l’activité envisagée, du schéma de résidence, de l’installation familiale et de la situation financière ne devrait pas varier selon que le destinataire est l’autorité fiscale, l’autorité migratoire ou un autre conseiller professionnel. Les ressortissants de pays tiers devraient également vérifier si la demande doit être déposée depuis l’étranger et ne devraient pas présumer qu’une entrée comme visiteur permet de résider en Suisse pendant la préparation du dossier.
Pourquoi le centre des intérêts et les restrictions d’activité sont importants
Dans de nombreux dossiers de ressortissants de pays tiers fondés sur un intérêt fiscal, le projet de résidence factuel est central. Les autorités peuvent attendre du demandeur qu’il démontre que la Suisse deviendra le véritable centre de sa vie personnelle et familiale, et non simplement le lieu où l’impôt est payé. La présence physique, le logement, la scolarisation, les habitudes de voyage et le lieu de vie familiale peuvent donc être importants.
L’activité professionnelle est un autre point sensible. Lorsque le séjour repose sur des intérêts fiscaux cantonaux majeurs, l’activité professionnelle peut être limitée à une activité exercée à l’étranger, avec une attention particulière portée à la gestion des propres actifs du demandeur. La restriction fiscale relative à l’activité lucrative en Suisse prévue par l’article 14 LIFD / DBG et l’article 6 LHID / StHG recoupe l’analyse migratoire, sans toutefois lui être identique.
Les demandeurs devraient examiner leurs fonctions actuelles avant le dépôt. Les mandats orientés vers la Suisse, les fonctions d’administrateur rémunérées, les fonctions exécutives, l’activité entrepreneuriale et l’activité d’investissement organisée peuvent tous nécessiter une analyse attentive. La gestion du patrimoine privé peut être traitée différemment de l’exploitation d’une entreprise, mais les faits, la rémunération, la structure décisionnelle et le lien avec la Suisse sont déterminants.
Le choix du canton n’est pas seulement une comparaison fiscale
Le choix du canton influence davantage que le montant fiscal négocié. L’imposition d’après la dépense est encadrée au niveau fédéral, mais mise en œuvre au niveau cantonal. Les procédures fiscales cantonales, les attentes documentaires, les hypothèses fiscales et le traitement migratoire varient. Certains cantons peuvent également restreindre ou ne pas proposer le régime ; les indications officielles cantonales actuelles doivent donc être vérifiées avant de choisir un canton.
Pour une relocalisation familiale, les faits liés au mode de vie comptent également. Le logement, les écoles, la langue, les habitudes de voyage et le lieu où la famille vivra effectivement peuvent renforcer ou affaiblir la crédibilité du domicile déclaré. Un canton qui paraît attractif du point de vue du coût fiscal peut ne pas être le canton le plus solide pour le projet de résidence réel de la famille ou pour la voie migratoire envisagée.
Quelles preuves peuvent être nécessaires ?
Les preuves doivent généralement répondre à la fois aux questions fiscales et migratoires. Les exemples peuvent inclure :
un projet ou un ruling fiscal cantonal signé, un accord ou une correspondance ;
des preuves relatives au passeport, à la nationalité et à l’historique de résidence suisse ;
des documents concernant l’époux, le partenaire et les membres de la famille à charge ;
les arrangements proposés en matière de logement, de scolarisation et d’assurance ;
des preuves relatives à la fortune, aux liquidités et à l’origine des fonds ;
une description claire de l’activité envisagée et des fonctions commerciales exercées à l’étranger ;
la planification des voyages, de la présence et de la résidence.
Il ne s’agit que d’exemples. Les documents requis dans un dossier individuel dépendent des faits propres au demandeur, de la voie choisie, du canton, du calendrier et de la posture procédurale. Les documents, à eux seuls, ne garantissent pas l’approbation.
Tester la faisabilité migratoire avant de se fonder sur un accord fiscal
Les demandeurs devraient commencer par identifier leur nationalité, l’activité envisagée, le canton, la situation familiale, l’éligibilité fiscale et le fondement migratoire proposé avant de se fonder sur un accord fiscal. Les discussions fiscales et migratoires peuvent se dérouler en parallèle, mais le demandeur devrait comprendre quelle décision est provisoire et quelle décision est définitive.
Pour les ressortissants de pays tiers en particulier, la question clé n’est pas seulement de savoir si un canton est disposé à discuter de l’imposition forfaitaire. Elle est de savoir si les faits migratoires soutiennent une demande de séjour légale et crédible.
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Cet article résume le droit suisse de l’immigration et les lignes directrices applicables à la date de rédaction. Les faits individuels, les preuves, le traitement cantonal et la posture procédurale peuvent influer sur l’issue. Il est fourni à titre d’information générale uniquement et ne constitue pas un conseil juridique.
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