L’imposition forfaitaire suisse donne-t-elle le droit de vivre en Suisse ?
- Paul Richmond
- 4 mai
- 9 min de lecture

Un accord d’imposition forfaitaire suisse ne donne pas, à lui seul, le droit de vivre en Suisse. La Suisse peut permettre à certains ressortissants étrangers remplissant les conditions requises d’être imposés d’après la dépense, mais ce statut fiscal n’est ni une autorisation de séjour, ni une catégorie de visa, ni le prix d’achat d’un droit de résidence en Suisse.
Cet article s’adresse aux personnes et aux familles qui envisagent de s’installer en Suisse et pour lesquelles l’imposition forfaitaire fait partie de la planification. Il examine la résidence suisse dans le contexte de l’imposition forfaitaire et explique comment s’articulent l’éligibilité fiscale, un accord fiscal cantonal, la base d’immigration du séjour et l’approbation finale du permis.
L’imposition forfaitaire n’est pas une autorisation de séjour suisse
L’expression courante est « imposition forfaitaire ». Le terme juridique plus précis est l’imposition d’après la dépense, appelée en allemand Aufwandbesteuerung. Il s’agit d’une méthode de taxation applicable à certains ressortissants étrangers, et non d’une voie d’immigration distincte.
Une décision fiscale cantonale, un accord ou une lettre de confort peut être très pertinent dans un dossier de relocalisation. Dans certains dossiers de ressortissants d’États tiers, il peut constituer une pièce importante lorsque la résidence est demandée sur la base d’un intérêt fiscal cantonal important. Toutefois, l’autorité fiscale et l’autorité migratoire tranchent des questions différentes. Le confort fiscal facilite la planification ; l’approbation du permis confère le droit de séjour.
C’est pourquoi cette voie ne devrait pas être présentée comme un golden visa suisse. La Suisse ne prévoit pas, à cette fin, un droit autonome de résidence par investissement. Les demandeurs qui s’engagent dans l’acquisition ou la location d’un bien immobilier, l’inscription d’enfants dans des écoles, le transfert de personnel ou la restructuration d’un family office avant que la faisabilité migratoire ait été évaluée peuvent découvrir que la planification fiscale est plus avancée que le droit légal d’entrer et de séjourner.
Que décide l’imposition suisse d’après la dépense ?
Au niveau de l’impôt fédéral, l’imposition d’après la dépense est principalement régie par l’article 14 LIFD / DBG, l’article 6 LHID / StHG et la circulaire no 44 de l’Administration fédérale des contributions. En termes généraux, le contribuable doit être un ressortissant étranger, devenir assujetti pour la première fois à l’impôt illimité en Suisse ou après une absence d’au moins 10 ans, et ne pas exercer d’activité lucrative en Suisse. Les citoyens suisses ne peuvent pas bénéficier de ce régime. Pour les époux vivant en ménage commun, les deux conjoints doivent remplir les conditions fiscales pertinentes.
La base imposable n’est pas un simple forfait fixe. Elle repose sur les dépenses, sous réserve de seuils légaux minimaux et d’un calcul de contrôle. La mise en œuvre cantonale, la documentation et la disponibilité du régime sont également importantes.
Ces conclusions fiscales ne déterminent pas l’admissibilité au séjour. Un demandeur peut satisfaire aux conditions fiscales tout en ne disposant pas d’une base appropriée pour obtenir un permis. À l’inverse, un demandeur peut obtenir la résidence puis cesser ultérieurement de remplir les conditions de l’imposition d’après la dépense si les conditions fiscales ne sont plus réunies. Les couples mariés, les anciens résidents suisses qui reviennent en Suisse et les demandeurs qui conservent des fonctions commerciales doivent donc examiner séparément l’éligibilité fiscale et la stratégie d’immigration.
Pourquoi la nationalité modifie l’analyse de la résidence suisse
La première question de filtrage est celle de la nationalité. Les ressortissants de l’UE/AELE et les ressortissants d’États tiers ne sont pas examinés dans le même cadre migratoire.
Les ressortissants de l’UE/AELE qui n’exercent pas d’activité économique peuvent se fonder sur l’Accord sur la libre circulation des personnes (ALCP / FZA) s’ils remplissent les conditions pertinentes, notamment des ressources financières suffisantes et une assurance maladie et accidents complète. La base du séjour des ressortissants de l’UE/AELE économiquement non actifs ressort de l’annexe I, article 24, ALCP / FZA. S’ils remplissent également les conditions de l’imposition d’après la dépense, celle-ci constitue un traitement fiscal distinct, et non la source du droit de séjour.
Pour les ressortissants d’États tiers, l’analyse est différente. La fortune et la volonté de payer un impôt suisse substantiel ne créent pas automatiquement un droit au séjour. Le demandeur doit identifier une base valable au regard de la loi fédérale sur les étrangers et l’intégration (LEI / AIG) et de l’ordonnance relative à l’admission, au séjour et à l’exercice d’une activité lucrative (OASA / VZAE), puis convaincre les autorités compétentes que le dossier doit être approuvé.
L’imposition forfaitaire peut-elle aider un ressortissant d’un État tiers à obtenir un permis B suisse ?
Pour les demandeurs ressortissants d’États tiers qui n’ont pas l’intention de travailler en Suisse, deux voies sans activité lucrative doivent souvent être envisagées.
La première est la voie des retraités prévue par l’article 28 LEI / AIG et l’article 25 OASA / VZAE. Elle peut être pertinente lorsque le demandeur a au moins 55 ans et entretient des liens personnels particuliers avec la Suisse. Elle ne doit pas être écartée simplement parce qu’un accord fiscal est en discussion.
La seconde est une dérogation discrétionnaire fondée sur des intérêts publics majeurs, au sens de l’article 30 LEI / AIG et de l’article 32 OASA / VZAE. Dans le contexte de l’imposition forfaitaire, l’intérêt pertinent peut être un intérêt fiscal cantonal important. Il s’agit d’une disposition potestative, relevant du pouvoir d’appréciation administratif, et non d’un droit. Une contribution fiscale élevée peut soutenir l’argumentation, mais elle n’est pas déterminante à elle seule.
Par exemple, un entrepreneur de 48 ans peut négocier des conditions fiscales attractives avec un canton et supposer que les permis B de sa famille suivront. Si le projet de relocalisation comprend une activité commerciale tournée vers la Suisse, une présence physique limitée ou une base familiale qui reste principalement à l’étranger, le dossier migratoire comporte encore des questions non résolues : base légale, restrictions d’activité, schéma de résidence et, dans de nombreux cas, approbation fédérale.
Qui décide : autorité fiscale, autorité migratoire et SEM ?
Dans une relocalisation coordonnée, plusieurs autorités peuvent intervenir. L’autorité fiscale cantonale négocie ou confirme la position relative à l’imposition d’après la dépense. L’autorité migratoire cantonale examine la demande de résidence au regard du droit de l’immigration. Lorsque l’approbation du Secrétariat d’État aux migrations (SEM) est requise, le canton ne peut pas délivrer définitivement le permis tant que le SEM n’a pas donné son approbation.
Tous les scénarios de résidence ne suivent pas le même parcours d’approbation. Certains processus cantonaux lient étroitement les dossiers fiscal et migratoire ; d’autres traitent les étapes différemment. Les demandeurs et leurs conseillers devraient éviter de considérer le déroulement propre à un canton comme une procédure suisse nationale.
La cohérence est essentielle. La description de l’activité envisagée, du schéma de résidence, de la relocalisation familiale et de la situation financière ne devrait pas varier selon que le destinataire est l’autorité fiscale, l’autorité migratoire ou un autre conseiller professionnel. Les ressortissants d’États tiers doivent également vérifier si la demande doit être déposée depuis l’étranger et ne pas supposer qu’une entrée en qualité de visiteur permet de résider en Suisse pendant la préparation du dossier.
Pourquoi le centre des intérêts et les restrictions d’activité sont importants
Dans de nombreux dossiers de ressortissants d’États tiers fondés sur un intérêt fiscal, le projet de résidence concret est central. Les autorités peuvent s’attendre à ce que le demandeur démontre que la Suisse deviendra le véritable centre de sa vie personnelle et familiale, et non simplement le lieu où l’impôt est payé. La présence physique, le logement, la scolarisation, les habitudes de voyage et le lieu de vie familiale peuvent donc être importants.
L’activité professionnelle est un autre point sensible. Lorsque la résidence est fondée sur des intérêts fiscaux cantonaux importants, l’activité professionnelle peut être limitée à une activité exercée à l’étranger, avec un examen attentif de la gestion des propres actifs du demandeur. La restriction fiscale relative à l’exercice d’une activité lucrative en Suisse prévue par l’article 14 LIFD / DBG et l’article 6 LHID / StHG recoupe l’analyse migratoire, mais ne s’y confond pas.
Les demandeurs devraient examiner leurs fonctions actuelles avant le dépôt. Les mandats tournés vers la Suisse, les fonctions d’administrateur rémunérées, les fonctions exécutives, l’activité entrepreneuriale et l’activité d’investissement organisée peuvent tous nécessiter une analyse attentive. La gestion d’actifs privés peut être traitée différemment de l’exploitation d’une entreprise, mais les faits, la rémunération, la structure décisionnelle et le lien avec la Suisse sont déterminants.
Le choix du canton ne se résume pas à une comparaison fiscale
Le choix du canton influe sur davantage que le montant d’impôt négocié. L’imposition d’après la dépense est encadrée au niveau fédéral, mais mise en œuvre au niveau cantonal. Les procédures fiscales cantonales, les attentes documentaires, les hypothèses fiscales et le traitement migratoire varient. Certains cantons peuvent aussi restreindre ou ne pas offrir le régime, de sorte que les orientations cantonales officielles en vigueur doivent être vérifiées avant de choisir un canton.
Pour une relocalisation familiale, les éléments de mode de vie comptent également. Le logement, les écoles, la langue, les habitudes de voyage et le lieu où la famille vivra effectivement peuvent soutenir ou affaiblir la crédibilité du domicile déclaré. Un canton qui paraît attractif du point de vue du coût fiscal peut ne pas être le canton le plus solide pour le projet de résidence réel de la famille ou pour la voie migratoire envisagée.
Quelles preuves peuvent être nécessaires ?
Les preuves doivent généralement couvrir à la fois les questions fiscales et les questions migratoires. Elles peuvent notamment comprendre :
un projet ou une décision fiscale cantonale signée, un accord ou une correspondance ;
des preuves relatives au passeport, à la nationalité et à l’historique de résidence en Suisse ;
des documents relatifs au conjoint, au partenaire et aux membres de famille à charge ;
les arrangements envisagés en matière de logement, de scolarisation et d’assurance ;
des preuves de fortune, de liquidité et d’origine des fonds ;
une description claire de l’activité envisagée et des fonctions commerciales exercées à l’étranger ;
la planification des voyages, de la présence et de la résidence.
Ces éléments ne sont donnés qu’à titre d’exemples. Les documents requis dans un cas individuel dépendent des faits propres au demandeur, de la voie choisie, du canton, du calendrier et de la situation procédurale.
Tester la faisabilité migratoire avant de s’appuyer sur un accord fiscal
Les demandeurs devraient commencer par identifier la nationalité, l’activité envisagée, le canton, la situation familiale, l’éligibilité fiscale et la base migratoire proposée avant de s’appuyer sur un accord fiscal. Les discussions fiscales et migratoires peuvent se dérouler en parallèle, mais le demandeur doit comprendre quelle décision est provisoire et quelle décision est finale.
Pour les ressortissants d’États tiers en particulier, la question clé n’est pas seulement de savoir si un canton est disposé à discuter d’une imposition forfaitaire. Il s’agit de savoir si les faits migratoires soutiennent une demande de résidence légale et crédible.
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Questions fréquentes : imposition forfaitaire suisse
L’imposition forfaitaire suisse donne-t-elle le droit de vivre en Suisse ?
Non. L’imposition forfaitaire suisse, aussi appelée imposition d’après la dépense, est un mode d’imposition et non un permis de séjour, une catégorie de visa ou un droit automatique de résider en Suisse.
L’imposition forfaitaire suisse est-elle un golden visa suisse ?
Non. La Suisse ne prévoit pas de golden visa autonome ni de droit de résidence automatique fondé sur un investissement ou un accord fiscal forfaitaire. Un accord fiscal cantonal peut appuyer un dossier de résidence, mais la décision migratoire reste distincte.
Un ressortissant étranger peut-il obtenir la résidence suisse grâce à l’imposition forfaitaire ?
Un ressortissant étranger peut intégrer l’imposition forfaitaire dans un projet de relocalisation en Suisse, mais ce statut fiscal ne suffit pas à lui seul. Il faut également disposer d’une base migratoire valable et obtenir l’accord des autorités compétentes.
Les ressortissants de l’UE ou de l’AELE peuvent-ils bénéficier de l’imposition forfaitaire en Suisse ?
Les ressortissants de l’UE ou de l’AELE qui n’exercent pas d’activité économique peuvent, sous certaines conditions, fonder leur séjour sur l’Accord sur la libre circulation des personnes, notamment s’ils disposent de ressources financières suffisantes et d’une assurance maladie et accidents complète. L’imposition forfaitaire constitue alors un traitement fiscal séparé, et non la source du droit de séjour.
Un ressortissant d’un pays tiers peut-il obtenir un permis B suisse avec l’imposition forfaitaire ?
Un ressortissant d’un pays tiers n’obtient pas automatiquement un permis B suisse parce qu’il accepte de payer un impôt important en Suisse. Il doit généralement s’appuyer sur une voie de séjour reconnue, comme la voie des retraités ou une demande discrétionnaire fondée sur un intérêt public ou fiscal cantonal important.
Qui décide d’une demande d’imposition forfaitaire et de résidence en Suisse ?
L’autorité fiscale cantonale examine la situation relative à l’imposition d’après la dépense, tandis que l’autorité cantonale de migration évalue la demande de séjour au regard du droit des étrangers. Dans certains cas, l’approbation du Secrétariat d’État aux migrations est également nécessaire avant la délivrance du permis.
Pourquoi l’activité professionnelle prévue est-elle importante dans un projet d’imposition forfaitaire suisse ?
L’imposition forfaitaire suppose en principe que le contribuable n’exerce pas d’activité lucrative en Suisse. Les autorités migratoires peuvent aussi examiner les fonctions exercées en lien avec la Suisse, les mandats rémunérés, les rôles exécutifs, la gestion d’actifs et la réalité du centre de vie personnel et familial en Suisse.
Quels documents peuvent être nécessaires pour une résidence suisse liée à l’imposition forfaitaire ?
Les documents peuvent inclure une décision ou correspondance fiscale cantonale, des justificatifs de nationalité et d’historique de résidence, des documents familiaux, des éléments relatifs au logement, à la scolarité et aux assurances, ainsi que des preuves de patrimoine, de liquidités, d’origine des fonds, d’activités prévues et de présence en Suisse. Les pièces exactes dépendent de la nationalité, du canton, de la voie migratoire et de la situation personnelle du demandeur.
Cet article résume le droit suisse de l’immigration et les lignes directrices applicables à la date de sa rédaction. Les faits individuels, les preuves, le traitement cantonal et la situation procédurale peuvent influer sur l’issue. Il est fourni à titre d’information générale uniquement et ne constitue pas un conseil juridique.
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