Permis de séjour suisse pour entrepreneurs fondateurs non ressortissants de l’UE
- Paul Richmond
- 19 févr.
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 4 jours

La Suisse peut constituer une juridiction attractive pour les fondateurs, investisseurs et entrepreneurs, mais il n’existe pas de « visa start-up » automatique pour les ressortissants non UE/AELE. Un fondateur non ressortissant de l’UE/AELE qui souhaite vivre en Suisse et y diriger activement une entreprise devra normalement obtenir une autorisation de travail et de séjour avant de commencer son activité.
Cet article s’adresse aux entrepreneurs, fondateurs-dirigeants, actionnaires majoritaires et équipes de start-up non ressortissants de l’UE/AELE qui souhaitent créer ou développer une entreprise en Suisse et doivent comprendre si leur dossier est susceptible d’être examiné sous l’angle de l’activité indépendante, de l’activité salariée ou d’une autre voie d’autorisation de travail. Il intéressera également les sociétés suisses qui envisagent d’intégrer un fondateur non ressortissant de l’UE/AELE dans une fonction opérationnelle.
Existe-t-il un visa suisse pour entrepreneurs ressortissants de pays non membres de l’UE ?
Le droit suisse ne prévoit pas de catégorie unique de visa pour entrepreneurs. Dans la plupart des véritables dossiers de fondateurs, la demande est examinée comme une activité indépendante au sens de l’article 19 LEI, c’est-à-dire de la loi fédérale sur les étrangers et l’intégration. Il s’agit d’une voie discrétionnaire. Le demandeur doit démontrer que l’activité proposée sert les intérêts économiques généraux de la Suisse, que les exigences financières et opérationnelles sont remplies et que les autres conditions d’admission, notamment les contingents, les qualifications personnelles et le logement, sont satisfaites.
Le point de départ est également l’article 11 LEI : l’exercice d’une activité lucrative en Suisse requiert en principe une autorisation, même lorsque le demandeur détient ou contrôle l’entreprise. La constitution d’une société suisse, l’inscription au registre du commerce ou la signature d’un contrat de travail de fondateur ne confèrent pas, à elles seules, le droit de travailler au fondateur.
Article 19 LEI ou article 18 LEI : pourquoi la qualification de la voie est importante
Une demande présentée par un fondateur doit d’abord répondre à une question de qualification : le demandeur agit-il réellement pour son propre compte, en assumant le risque entrepreneurial et en contrôlant l’entreprise, ou est-il, en substance, employé par une société suisse ?
Lorsque le fondateur exerce véritablement une activité indépendante, l’article 19 LEI constitue généralement la voie appropriée. Lorsque les faits indiquent une relation de travail dépendante, l’article 18 LEI peut au contraire entrer en ligne de compte. Cette distinction est importante, car la voie salariée implique normalement des exigences liées à l’employeur, des contrôles relatifs au marché du travail, au salaire et aux conditions de travail, ainsi que la preuve de la priorité accordée aux travailleurs suisses et aux ressortissants de l’UE/AELE.
Le droit suisse de l’immigration s’attache à la réalité de la situation. La forme juridique, le titre du poste, la rédaction du contrat de travail et les inscriptions au registre du commerce ne sont pas déterminants à eux seuls. Une demande solide doit expliquer la propriété de l’entreprise, sa gouvernance, le risque financier, le pouvoir de décision et les raisons pour lesquelles la présence du fondateur en Suisse est nécessaire sur le plan opérationnel.
Le critère de l’intérêt économique pour les permis suisses de fondateur
Le critère de l’intérêt économique est central. Les autorités suisses ne se limiteront pas au fait qu’une société a été constituée ; elles examineront si l’entreprise est susceptible de produire un bénéfice réel pour la Suisse.
Les facteurs pertinents peuvent inclure la création d’emplois, l’innovation, le transfert de technologie, la diversification économique régionale, un investissement substantiel, de nouveaux mandats pour des fournisseurs suisses et la viabilité à long terme de l’activité proposée. Une activité de conseil ou de négoce qui se contente de reproduire des services déjà largement disponibles sur le marché suisse peut être difficile à justifier, sauf si la demande démontre un avantage spécifique pour la Suisse.
Le dossier doit être concret et chiffré. Des déclarations générales sur l’innovation, la croissance ou le potentiel futur suffisent rarement. La demande doit expliquer ce que fera l’entreprise, pourquoi la Suisse est le lieu approprié, quel bénéfice économique est attendu et comment ces résultats seront mesurés.
Que doit démontrer le business plan ?
Le business plan n’est pas une présentation commerciale. Il doit s’agir d’un document adapté à une demande d’immigration, permettant au canton et, lorsque cela est requis, au Secrétariat d’État aux migrations de vérifier le sérieux du projet.
Un business plan bien préparé abordera généralement l’activité, le marché, les concurrents, le financement, les effectifs, l’investissement, le chiffre d’affaires prévisionnel et le bénéfice attendu. Il doit également relier les qualifications et l’expérience du fondateur au modèle d’affaires spécifique. La question n’est pas seulement de savoir pourquoi l’entreprise devrait exister en Suisse, mais pourquoi ce fondateur doit la diriger depuis la Suisse à ce stade.
Pour les start-up et les nouvelles entreprises, l’autorisation initiale peut être prudente et limitée dans le temps. Le renouvellement peut dépendre de la réalisation des effets économiques annoncés, de sorte que le premier dépôt devrait fixer des étapes réalistes, susceptibles d’être prouvées ultérieurement.
Preuves à fournir pour un permis de séjour suisse pour entrepreneur
Les exigences en matière de preuves dépendent du canton, du modèle d’affaires, de la nationalité du demandeur et de l’état de la procédure. Les documents ne garantissent pas à eux seuls l’approbation, mais un dossier faible ou spéculatif augmente le risque de refus. Les éléments utiles peuvent notamment comprendre :
un business plan sur trois ans exposant les hypothèses, les effectifs, le financement, le chiffre d’affaires et les projections de bénéfice ;
la preuve du capital de démarrage, de financements engagés ou d’accords contraignants avec des investisseurs ;
les documents de constitution, les registres d’actionnaires et les extraits du registre du commerce ;
des contrats signés, des mandats, des engagements de clients ou des éléments crédibles relatifs au portefeuille commercial ;
des preuves relatives au bail, aux locaux, à l’équipement ou à une adresse professionnelle ;
le CV, les qualifications et la preuve de l’expérience pertinente du fondateur ;
la preuve du bénéfice économique pour la Suisse, par exemple des recrutements locaux ou des investissements prévus ;
la preuve d’un logement approprié en Suisse.
Les expressions d’intérêt, les projets d’offres et les prévisions non étayées doivent être traités avec prudence. Les autorités accorderont vraisemblablement davantage de poids à des financements engagés, à de véritables contrats, à une infrastructure effective et à un plan opérationnel cohérent.
Contingents, approbation du SEM et pratique cantonale
Les demandes de fondateurs ressortissants de pays tiers sont sensibles aux contingents. L’article 20 LEI permet des mesures de limitation pour les premières autorisations de courte durée et de séjour, et les dossiers de fondateurs doivent être examinés dans le cadre des contingents disponibles.
La procédure comporte également plusieurs niveaux. Le canton examine normalement la demande en premier lieu. Dans les dossiers d’activité indépendante relevant de l’article 19 LEI, une décision préalable cantonale positive nécessitera généralement l’approbation du SEM. Une position favorable du canton ne constitue donc pas toujours la dernière étape, et la demande doit être rédigée en tenant compte à la fois de l’examen cantonal et de l’examen fédéral.
La pratique cantonale peut influencer les délais, les formulaires, l’accent mis sur certains documents et les attentes relatives au business plan. Certains cantons peuvent encourager une prise de contact précoce avec les offices de promotion économique ou d’innovation, mais un tel soutien ne remplace pas la décision en matière d’immigration.
Les membres de la famille peuvent-ils rejoindre un entrepreneur dont la demande a abouti ?
Le regroupement familial peut être possible si le demandeur principal obtient le permis suisse pertinent, mais il n’est pas automatique dans tous les cas. Les conditions dépendent du type de permis du demandeur principal et du lien familial avec la personne qui fait venir sa famille. Le logement, les ressources financières et les exigences ordinaires du regroupement familial peuvent être examinés séparément.
Les demandeurs doivent également tenir compte du calendrier. Un permis de fondateur peut, dans un premier temps, être de courte durée ou étroitement lié au business plan. La planification familiale doit donc être coordonnée avec la demande principale et toute stratégie de renouvellement envisagée.
Risques fréquents de refus dans les dossiers suisses de fondateurs
Les dossiers de fondateurs échouent fréquemment lorsque le dossier repose trop fortement sur la seule constitution de la société, présente un business plan optimiste mais non étayé, ne démontre pas un financement suffisant ou ne prouve pas clairement le bénéfice pour l’économie suisse.
Parmi les autres risques figurent une mauvaise qualification de la voie applicable, une propriété ou un contrôle insuffisamment clairs, des preuves insuffisantes des qualifications du fondateur, des projections irréalistes, l’absence d’infrastructure opérationnelle en Suisse et le défaut de prise en compte des exigences relatives aux professions réglementées lorsque l’activité envisagée nécessite une autorisation distincte.
Contactez nos avocats en immigration en Suisse
Richmond Chambers Switzerland conseille les entrepreneurs non ressortissants de l’UE/AELE, les fondateurs et les sociétés suisses sur les autorisations suisses de travail et de séjour, notamment la qualification de la voie applicable, les demandes d’activité indépendante au titre de l’article 19 LEI, les structures fondateur-directeur général, les preuves relatives au business plan, la stratégie de dépôt cantonal et les questions d’approbation par le SEM. Nos avocats spécialisés en immigration suisse peuvent vous aider à évaluer si une entreprise proposée est susceptible de satisfaire au critère de l’intérêt économique, à identifier les faiblesses probatoires et à préparer une demande structurée adaptée aux exigences cantonales et fédérales pertinentes.
Pour organiser une première consultation, contactez Richmond Chambers Switzerland par téléphone au +41 21 588 07 70 ou remplissez notre formulaire de demande.
Cet article résume le droit suisse de l’immigration et les orientations disponibles à la date de rédaction. Les faits individuels, les preuves, la pratique cantonale et l’état de la procédure peuvent influencer l’issue du dossier. Il est fourni à titre d’information générale uniquement et ne constitue pas un conseil juridique.
.png)


