La constitution d’une société suisse permet-elle à un fondateur de travailler en Suisse ?
- Paul Richmond
- il y a 1 jour
- 7 min de lecture

Une société suisse peut être constituée avant que son fondateur étranger ne dispose d’une autorisation suisse de séjour ou de travail. Cela ne signifie pas que le fondateur peut s’installer en Suisse et commencer à gérer la société, vendre, recruter ou fournir des services pour elle. La constitution de la société, le droit de séjour et l’autorisation d’exercer une activité lucrative sont des questions juridiques distinctes.
Cet article s’adresse aux entreprises étrangères, aux équipes de fondateurs, aux investisseurs et aux équipes de mobilité internationale qui prévoient de créer une entité suisse, une filiale ou une start-up en Suisse. Il explique pourquoi l’incorporation ne vaut pas permis de travail, comment l’analyse diffère pour les fondateurs UE/AELE et non-UE/AELE, et ce qui doit être vérifié avant le déménagement, la mise en place de la paie ou le début des opérations suisses.
1. La constitution d’une société ne vaut pas autorisation de travail
L’erreur centrale consiste à penser qu’une inscription au registre du commerce suisse donne au fondateur un statut migratoire. Ce n’est pas le cas. Un ressortissant étranger peut détenir des parts, siéger au conseil, disposer d’un pouvoir de signature ou être désigné comme directeur d’une société suisse, mais ces fonctions relevant du droit des sociétés n’autorisent pas, en elles-mêmes, la résidence en Suisse ni l’exercice local d’une activité lucrative.
Les documents sociaux peuvent néanmoins être utiles. Les statuts, l’acte constitutif, un extrait du registre du commerce, la preuve d’un investissement ou un bail suisse peuvent contribuer à démontrer l’existence d’un véritable projet suisse. Ils constituent des éléments de preuve pour l’analyse migratoire, et non l’autorisation d’immigration elle-même. Un fondateur qui a besoin d’un permis de travail suisse doit tout de même relever de la voie d’immigration appropriée.
La Suisse ne prévoit pas non plus de visa légal unique et automatique pour les fondateurs. Des expressions telles que permis suisses pour fondateurs d’entreprise ou permis de travail de fondateur désignent des stratégies migratoires possibles. La voie correcte dépend de la nationalité, de la structure juridique, de l’activité exercée en Suisse et de la question de savoir si le fondateur est considéré comme salarié, indépendant, détaché, affecté, investisseur passif ou simple superviseur stratégique depuis l’étranger.
2. La question centrale est ce que le fondateur fera en Suisse
Le risque migratoire dépend du travail effectivement accompli lorsque le fondateur se trouve physiquement en Suisse. La détention passive depuis l’étranger est différente de la gestion locale. Une surveillance occasionnelle en qualité d’investisseur peut soulever d’autres questions que la direction opérationnelle quotidienne, la vente, la supervision du personnel ou la fourniture de services en Suisse.
Les activités à vérifier avant tout déplacement incluent notamment la négociation de contrats suisses, l’acquisition de clients, la gestion d’employés, la direction de projets, la signature de documents opérationnels, la fourniture de services, la supervision du recrutement, la participation aux décisions de paie suisse ou la présentation du fondateur comme dirigeant local de l’entreprise suisse. Le titre d’actionnaire ou la nomination au conseil ne supprime pas la nécessité d’analyser si ces activités constituent un travail en Suisse.
Le même principe vaut pour les documents de conformité. Les documents sociaux, contrats de travail, lettres d’affectation, factures, classification AVS, mise en place de la paie et pièces migratoires doivent raconter une histoire cohérente. Un dossier qui décrit le fondateur comme dirigeant local de l’entité suisse, alors que la stratégie migratoire le présente comme passif, crée un risque évitable.
3. Fondateurs UE/AELE : un accès plus favorable, mais pas automatique
Les ressortissants UE/AELE bénéficient de l’Accord sur la libre circulation des personnes, l’ALCP. Lorsqu’ils souhaitent vivre et travailler en Suisse, ils relèvent généralement d’un cadre plus favorable fondé sur l’annonce et l’enregistrement que les ressortissants d’États tiers. Cela ne rend pas la constitution d’une société suffisante en soi.
Un fondateur UE/AELE qui exercera réellement une activité indépendante en Suisse doit normalement s’annoncer auprès de la commune de résidence, demander l’autorisation de séjour appropriée et fournir des preuves démontrant qu’il exerce ou exercera une activité indépendante et qu’il peut subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille. Lorsque les conditions sont remplies, l’autorisation de séjour B UE/AELE est généralement valable cinq ans.
Les preuves utiles peuvent comprendre un business plan, des mandats de clients, des factures, des contrats, des éléments d’entrée sur le marché, des fonds, des locaux, une assurance, des documents comptables et des échanges AVS. Il ne s’agit que d’exemples. Les documents requis dépendent du canton, des faits, de la voie choisie, du calendrier et du stade procédural.
Un risque particulier est celui de l’emploi déguisé. Si le fondateur est présenté comme indépendant mais travaille en réalité sous la direction d’une seule société suisse, sans véritable activité indépendante ni risque entrepreneurial, cette qualification peut être contestée. La classification AVS peut constituer un élément de preuve important, mais elle ne remplace pas l’autorisation d’immigration.
4. Fondateurs non-UE/AELE : l’incorporation est une preuve, pas un raccourci
Pour les fondateurs non-UE/AELE, la voie est plus sélective. L’admission des ressortissants d’États tiers est limitée et dépend des contingents. Si le fondateur sera employé par la société suisse, le dossier peut devoir satisfaire au cadre du permis de travail suisse pour l’emploi. Si le fondateur souhaite exercer comme indépendant, l’analyse peut relever des règles relatives à l’activité indépendante des ressortissants d’États tiers.
Dans les deux cas, les autorités examineront probablement pourquoi la présence physique du fondateur en Suisse est nécessaire et si le dossier sert l’intérêt économique de la Suisse. Les facteurs pertinents peuvent inclure les qualifications du fondateur, l’investissement, la viabilité de l’entreprise, le besoin du marché suisse, l’innovation, la création ou le maintien d’emplois, le financement, la situation salariale ou de revenu, les contrats, les locaux, le plan de recrutement et la crédibilité du modèle opérationnel.
Pour les fondateurs indépendants ressortissants d’États tiers, les directives du SEM mentionnent des éléments tels qu’un business plan, une analyse de marché, l’évolution prévue du personnel, les possibilités de recrutement, les investissements prévus, les prévisions de chiffre d’affaires et de bénéfice, les liens organisationnels avec d’autres entreprises, les documents d’incorporation et un extrait du registre du commerce. Ces documents ne constituent pas une liste garantissant l’approbation. Ils s’inscrivent dans une appréciation discrétionnaire plus large.
Les contingents 2026 pour les travailleurs qualifiés ressortissants d’États tiers demeurent limités. C’est l’une des raisons pour lesquelles le business plan d’un fondateur doit être conçu pour l’immigration, et non seulement pour des investisseurs. Il doit expliquer l’avantage économique pour la Suisse, la source et l’utilisation des fonds, le calendrier commercial et les raisons pour lesquelles le fondateur ne peut pas raisonnablement gérer l’entité suisse depuis l’étranger ou par l’intermédiaire d’une personne recrutée localement et déjà autorisée.
5. Le calendrier et la conformité doivent être planifiés avant le début des opérations suisses
Pour les dossiers de ressortissants d’États tiers, le calendrier est essentiel. La demande commence normalement auprès de l’autorité cantonale compétente. Si le canton soutient la demande, celle-ci est généralement transmise au Secrétariat d’État aux migrations pour approbation. Les personnes soumises à l’obligation de visa doivent ensuite obtenir la délivrance du visa par la représentation suisse à l’étranger avant l’entrée pour le but approuvé, et le fondateur doit s’annoncer en Suisse avant de commencer à travailler.
Une discussion commerciale favorable, un bail signé, un compte bancaire, un dossier de paie ou un extrait du registre du commerce ne constituent pas une approbation cantonale et fédérale. Les entreprises devraient éviter de fixer des dates de début irréalistes, de prendre des engagements publics de lancement, d’activer la paie suisse ou de commencer un travail opérationnel en Suisse avant que la séquence migratoire ait été vérifiée.
L’approche la plus sûre consiste à cartographier les activités suisses prévues du fondateur avant que les décisions d’incorporation ou de relocation ne deviennent difficiles à modifier. La structure de la société, la description du rôle, le modèle salarial ou de revenu, le traitement en matière de sécurité sociale, le business plan et le dossier d’immigration doivent être alignés dès le départ.
6. Contactez nos avocats spécialisés en immigration suisse
Richmond Chambers Switzerland conseille les fondateurs, investisseurs et entreprises internationales sur les conséquences migratoires de la constitution d’une société suisse, notamment l’autorisation de travail des fondateurs, l’activité indépendante UE/AELE, les demandes d’entrepreneurs ressortissants d’États tiers, les structures de fondateur salarié, la stratégie de preuve et les risques de calendrier. Pour organiser une réunion de première consultation, contactez Richmond Chambers Switzerland par téléphone au +41 21 588 07 70 ou complétez notre formulaire de demande de renseignements.
7. Questions fréquemment posées : constitution de société suisse et permis de fondateur
La création d’une société suisse donne-t-elle au fondateur un permis de travail ?
Non. Une société suisse peut être constituée sans que le fondateur obtienne automatiquement une autorisation de séjour ou de travail. La situation migratoire du fondateur doit être examinée séparément, selon sa nationalité, l’activité prévue et la voie suisse applicable.
Un fondateur étranger peut-il posséder une société suisse sans vivre en Suisse ?
Dans de nombreux cas, la détention passive depuis l’étranger soulève une question migratoire différente du fait de travailler physiquement en Suisse. L’analyse change si le fondateur se rend en Suisse pour gérer les opérations, vendre, recruter du personnel, négocier des contrats ou fournir des services.
Qu’est-ce qui peut constituer du travail pour un fondateur de société suisse ?
Aucune étiquette unique ne répond à la question. La gestion locale, l’acquisition de clients, la fourniture de services, la supervision du personnel, la direction de projets et les décisions opérationnelles en Suisse doivent être analysées avant le déplacement ou le début de l’activité.
Les fondateurs UE/AELE doivent-ils tout de même planifier leur immigration suisse ?
Oui. Les fondateurs UE/AELE bénéficient d’un cadre plus favorable lié à la libre circulation, mais ils doivent tout de même s’annoncer et démontrer le fondement de leur séjour et de leur activité en Suisse. Une activité indépendante réelle, des moyens suffisants et des pièces justificatives peuvent devoir être établis.
Un fondateur non-UE/AELE peut-il obtenir une autorisation de travail suisse par l’intermédiaire de sa propre société ?
Potentiellement, mais l’incorporation seule ne suffit pas. Un fondateur non-UE/AELE devra normalement satisfaire à des critères d’admission sélectifs, soumis aux contingents, et démontrer pourquoi l’entreprise et sa présence servent l’intérêt économique de la Suisse.
L’inscription AVS est-elle équivalente à un permis de travail suisse ?
Non. La classification AVS peut être pertinente pour déterminer si une personne est salariée ou indépendante au regard de la sécurité sociale. Elle ne remplace pas l’autorisation de séjour ou de travail prévue par le droit suisse de l’immigration.
Quand un fondateur ressortissant d’un État tiers peut-il commencer à travailler en Suisse ?
Un fondateur ressortissant d’un État tiers ne devrait pas commencer à travailler en Suisse avant l’achèvement de la séquence d’autorisation requise. Dans de nombreux cas, cela implique l’examen cantonal, l’approbation du SEM, la délivrance du visa si nécessaire, l’entrée en Suisse et l’annonce locale avant le début du travail.
Cet article résume le droit suisse de l’immigration et les directives applicables à la date de sa rédaction. Les faits, les preuves, le traitement cantonal et le positionnement procédural peuvent influer sur l’issue. Il est fourni à titre d’information générale uniquement et ne constitue pas un conseil juridique.
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