Préparer un recours devant le First-tier Tribunal depuis la Suisse


Préparer un recours en immigration britannique depuis la Suisse ne consiste pas simplement à transmettre la décision de refus au Tribunal. Dès lors qu’un droit d’appel prévu par la loi existe, une préparation efficace suppose d’identifier le fondement juridique exact, de définir les questions en litige, de préparer les témoignages et les pièces dans la forme requise et de traiter suffisamment tôt toute demande visant à faire témoigner en direct une personne se trouvant en Suisse.
Le First-tier Tribunal (Immigration and Asylum Chamber) applique le droit britannique. La nationalité suisse, la résidence en Suisse et les documents suisses peuvent constituer des éléments de preuve importants, mais ils ne modifient pas le critère juridique britannique applicable.
1. Commencer par le fondement légal du recours
Tout refus de visa britannique ne donne pas lieu à un droit d’appel prévu par la loi. En vertu de la section 82 du Nationality, Immigration and Asylum Act 2002, les principaux droits de recours comprennent notamment le refus d’une demande fondée sur les droits de l’homme, le refus d’une demande de protection et la révocation du statut de protection. Dans un recours fondé sur les droits de l’homme, la section 84 prévoit que le moyen de recours consiste à soutenir que la décision est illégale au regard de la section 6 du Human Rights Act 1998. Lorsqu’une demande fondée sur les droits de l’homme a été présentée alors que l’appelant se trouvait hors du Royaume-Uni, le recours doit normalement être formé depuis l’étranger.
La situation est différente pour certaines décisions relevant du EU Settlement Scheme et des droits des citoyens. Les Citizens’ Rights Appeals Regulations prévoient des droits et moyens de recours distincts, notamment en lien avec le Swiss Citizens’ Rights Agreement et les Immigration Rules applicables. Les ressortissants suisses ne sont pas des citoyens de l’Union européenne, mais les ressortissants suisses et les membres de leur famille qui remplissent les conditions sont expressément couverts par les dispositifs post-Brexit pertinents relatifs aux droits des citoyens. La seule résidence en Suisse ne crée toutefois aucun droit d’immigration au Royaume-Uni.
L’intitulé figurant sur un refus ne suffit donc pas à déterminer la voie de recours. Avant de préparer les preuves, il faut identifier la décision, le fondement légal du recours et la voie d’immigration sur laquelle repose le dossier. Un recours contre un refus de visa britannique doit être construit à partir de ce cadre juridique précis.
2. Définir les questions en litige avant de réunir les preuves
La Practice Direction actuelle du First-tier Tribunal adopte une approche centrée sur les questions en litige. Les parties sont censées identifier rapidement les principaux points contestés, puis concentrer leurs preuves et leurs observations sur ces points. Lorsque l’appelant est représenté, l’appeal skeleton argument et le dossier de recours doivent répondre directement à la décision contestée plutôt que reproduire simplement la demande initiale dans un volume plus important.
Cette distinction est particulièrement importante lorsque les faits ou les preuves ont évolué après le refus. La section 85 du 2002 Act permet au Tribunal, dans un recours ordinaire relevant de la section 82, de prendre en compte des éléments apparus après la décision lorsqu’ils sont pertinents pour son objet. Toutefois, le Tribunal ne peut pas examiner un new matter sans le consentement du Secretary of State. Des preuves ultérieures peuvent donc renforcer une question déjà en litige sans nécessairement permettre d’introduire à l’audience un fondement entièrement nouveau.
3. Préparer des déclarations de témoins qui répondent aux motifs du refus
Une déclaration de témoin doit être structurée autour des questions en litige. La déclaration de l’appelant doit exposer les faits pertinents, répondre aux motifs du refus, traiter les incohérences apparentes et identifier les documents qui étayent les affirmations importantes. Un sponsor ou un témoin tiers doit se limiter aux faits dont il a une connaissance directe plutôt qu’à des déclarations générales de soutien.
La Practice Direction exige qu’une déclaration puisse constituer l’intégralité de l’evidence-in-chief du témoin. Dans la mesure du possible, elle doit être rédigée dans les propres mots du témoin, distinguer ce qui relève de sa connaissance personnelle de ce qui relève d’informations ou de convictions, et contenir la déclaration de vérité requise. Si la déclaration est en anglais et que le témoin ne comprend pas l’anglais, les attestations requises du témoin et de l’interprète doivent être ajoutées après lecture de la déclaration dans une langue que le témoin comprend.
4. Constituer un dossier numérique conforme pour le Tribunal
Le dossier de recours doit être sélectionné et organisé, et non constitué comme un simple dépôt massif de documents. Pour les dossiers préparés par des représentants légaux, la Practice Direction exige un dossier numérique, indexé, doté de signets et paginé, normalement au format A4 et avec un texte interrogeable par OCR, sauf si cela risque de déformer ou rendre illisible le contenu.
Les documents suisses doivent être inclus parce qu’ils prouvent un fait pertinent, et non simplement parce qu’ils existent. Selon les questions en litige, les actes d’état civil, preuves de résidence, documents d’emploi, relevés bancaires, baux ainsi que les preuves médicales ou relatives aux besoins de soins peuvent être importants. Les documents déterminants en français, allemand, italien ou romanche doivent être accompagnés d’une traduction anglaise exacte pouvant être clairement rattachée au document source.
5. Gérer avec soin les preuves produites après la revue et les preuves tardives
Lorsque des preuves supplémentaires sont déposées après la revue du Home Office, la Practice Direction exige d’expliquer pourquoi elles n’ont pas été produites plus tôt. Pour une preuve déposée moins de cinq jours ouvrables avant l’audience, y compris le jour même, le juge doit décider à titre préliminaire si elle doit être admise.
Cela signifie qu’un appelant basé en Suisse doit planifier en remontant à partir des directions du Tribunal et de la date d’audience, en prévoyant le temps nécessaire pour obtenir des actes cantonaux ou d’état civil, des rapports professionnels et des traductions. La difficulté d’obtenir un document depuis l’étranger doit être signalée et gérée en amont plutôt que supposée justifier un dépôt tardif.
6. Un témoignage en direct depuis la Suisse nécessite une autorisation préalable
Une déclaration écrite de témoin ou une pièce documentaire produite depuis l’étranger ne nécessite pas, en elle-même, l’autorisation du Tribunal. Un témoignage vidéo depuis la Suisse est différent. La Presidential Guidance Note No 2 of 2024 exige l’autorisation du Tribunal lorsqu’une partie souhaite faire entendre en direct, par vidéo, un témoin se trouvant hors du Royaume-Uni, même si aucune objection diplomatique n’a été soulevée.
Pour la Suisse en particulier, les directives actuelles du Foreign, Commonwealth & Development Office (FCDO) indiquent qu’il faut contacter le tribunal concerné et également le FCDO afin que les autorités suisses puissent être consultées sur la possibilité d’utiliser une liaison vidéo. La demande adressée au Tribunal doit normalement être faite au moment du dépôt de l’appeal skeleton argument et du dossier. Elle doit préciser l’identité du témoin, le lieu depuis lequel il témoignera, sa nationalité ou son statut de résidence, le fuseau horaire applicable, sa capacité à accéder à la plateforme d’audience et les raisons pour lesquelles son témoignage oral est nécessaire au regard des questions en litige. L’autorisation ne doit jamais être présumée.
7. Préparer l’audience d’immigration en fonction des questions en litige
La préparation d’une audience d’immigration doit porter sur les questions que le Tribunal doit trancher. Lorsqu’un témoin participe depuis la Suisse, les aspects pratiques restent importants : un endroit calme, un appareil adapté, une connexion internet stable, l’heure correcte de l’audience et l’accès à la plateforme approuvée. Si un interprète est nécessaire, les dispositions doivent être prises par la procédure appropriée du Tribunal. Des difficultés techniques peuvent interrompre l’audience ou entraîner un retard et doivent donc, dans la mesure du possible, être testées à l’avance.
8. Situations fréquentes dans les recours entre la Suisse et le Royaume-Uni
Dans les recours fondés sur les voies familiales, l’issue dépend souvent de la capacité des preuves à répondre précisément au point ayant conduit au refus. Dans une affaire de partenaire, il peut s’agir du caractère réel de la relation, de l’intention de vivre ensemble, des ressources financières ou du logement. Dans une demande Adult Dependent Relative, le litige peut porter sur le niveau de soins personnels de longue durée requis et sur la question de savoir si ces soins sont disponibles ou abordables à l’étranger.
Lorsqu’un enfant britannique ou établi au Royaume-Uni est concerné, les preuves peuvent devoir exposer ses circonstances quotidiennes concrètes, l’organisation de sa prise en charge et son intérêt supérieur, plutôt que se limiter à des affirmations générales sur la séparation familiale.
Les recours relevant du EU Settlement Scheme nécessitent une analyse juridique différente. Il faut identifier avec précision la catégorie de relation concernée, le statut permettant de remplir les conditions et les dispositions relatives aux droits des citoyens, en particulier lorsque le sponsor ou l’appelant est suisse ou possède un lien historique avec la Suisse.
9. Priorités pratiques pour un recours depuis la Suisse
Cinq priorités doivent guider la préparation :
identifier le fondement légal du recours et les questions en litige ;
préparer des déclarations de témoins qui répondent directement à ces questions ;
constituer un dossier numérique ciblé et conforme, avec des traductions fiables ;
respecter les directions du Tribunal et expliquer rapidement toute preuve produite plus tard ; et
engager suffisamment tôt la procédure d’autorisation si une personne doit témoigner oralement en direct depuis la Suisse.
Un recours efficace repose généralement davantage sur une théorie du dossier cohérente et une gestion rigoureuse des preuves que sur leur volume. Les documents suisses peuvent expliquer et établir les faits, mais l’issue du recours dépend en définitive de l’application du critère juridique britannique pertinent à des preuves que le Tribunal peut utiliser efficacement.
10. Contacter nos avocats en immigration britannique en Suisse
Richmond Chambers Switzerland conseille les ressortissants suisses, les personnes résidant en Suisse et les membres de leur famille dans les recours devant le First-tier Tribunal, notamment en matière de stratégie de recours, de déclarations de témoins, de preuves, de dossiers de recours et d’organisation du témoignage de personnes se trouvant en Suisse.
Pour organiser une réunion de première consultation, contactez Richmond Chambers Switzerland par téléphone au +41 21 588 07 70 ou remplissez notre formulaire de demande de renseignements.
11. Questions fréquemment posées : recours devant le First-tier Tribunal depuis la Suisse
Tout refus de visa britannique depuis la Suisse donne-t-il lieu à un droit d’appel ?
Non. Le droit d’appel doit résulter de la législation applicable, par exemple de la section 82 du Nationality, Immigration and Asylum Act 2002 ou des Citizens’ Rights Appeals Regulations. Il convient de vérifier la décision de refus et son fondement juridique avant de préparer le recours.
Le Tribunal peut-il prendre en compte des preuves créées après le refus du Home Office ?
Dans un recours ordinaire relevant de la section 82, le Tribunal peut prendre en compte des éléments apparus après la décision lorsqu’ils sont pertinents pour son objet. Il ne peut toutefois pas examiner un new matter sans le consentement du Secretary of State ; les preuves ultérieures doivent donc être analysées avec soin et ne constituent pas une possibilité illimitée de modifier le fondement du dossier.
Quel format faut-il utiliser pour le dossier de recours ?
Pour un dossier préparé par un représentant légal, la Practice Direction actuelle exige un format numérique, indexé, doté de signets et paginé, normalement avec des pages A4 et l’OCR pour le texte dactylographié lorsque cela ne le déforme pas. Le dossier doit être limité aux éléments utiles aux questions en litige.
Les documents suisses doivent-ils être traduits pour un recours en immigration britannique ?
Un document déterminant en français, allemand, italien ou romanche doit être accompagné d’une traduction anglaise exacte afin que le Tribunal et les parties puissent le comprendre et l’utiliser. La traduction doit être clairement rattachée au document source et toute direction spécifique du Tribunal concernant les traductions doit être respectée.
Un appelant ou un témoin peut-il témoigner par vidéo depuis la Suisse ?
Potentiellement, mais un témoignage oral en direct depuis la Suisse nécessite l’autorisation préalable du Tribunal. Les directives actuelles du FCDO exigent également de contacter le tribunal concerné et le FCDO afin que la position des autorités suisses puisse être établie ; l’autorisation ne doit pas être présumée simplement parce que l’audience elle-même se déroule à distance.
Que se passe-t-il si une preuve est déposée moins de cinq jours ouvrables avant l’audience ?
Le juge doit décider à titre préliminaire s’il admet une preuve déposée moins de cinq jours ouvrables avant l’audience, y compris une preuve produite le jour même. Un dépôt tardif peut donc créer un risque d’exclusion, d’ajournement ou de conséquences sur les frais, selon les circonstances.
Comment préparer une déclaration de témoin pour le First-tier Tribunal ?
Elle doit traiter les questions en litige dans les propres mots du témoin dans la mesure du possible et pouvoir constituer son evidence-in-chief. Elle doit identifier la source des éléments qui ne relèvent pas de la connaissance personnelle du témoin, contenir la déclaration de vérité requise et, si nécessaire, les attestations prescrites du témoin et de l’interprète.
Cet article résume le droit britannique de l'immigration et de la nationalité ainsi que les directives applicables à la date de sa rédaction. Les faits, les preuves, le statut d'immigration et le positionnement procédural peuvent influer sur l'issue. Il est fourni à titre d'information générale uniquement et ne constitue pas un conseil juridique.
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