Peut-on diriger une entreprise depuis la Suisse sous le régime de l’imposition forfaitaire ?
- Paul Richmond
- 9 juin
- 8 min de lecture

Un fondateur qui s’installe en Suisse sous le régime de l’imposition forfaitaire suisse peut encore détenir une société étrangère, percevoir des dividendes et protéger le patrimoine familial. La difficulté commence lorsque la détention devient activité : appels de gestion depuis un bureau à domicile en Suisse, approbations d’opérations, jetons de présence, préparation de conseils d’administration ou instructions régulières données à des dirigeants à l’étranger.
Les autorités suisses examinent généralement la réalité au-delà des qualifications formelles et cherchent à déterminer ce qui est effectivement accompli depuis la Suisse. Cet article explique à quel moment les intérêts commerciaux deviennent sensibles, comment les règles fiscales et migratoires interagissent, et ce qui devrait être revu avant un déménagement ou l’acceptation d’un nouveau rôle en tant que résident en Suisse.
L’imposition forfaitaire suisse n’est pas un visa d’affaires
L’imposition forfaitaire suisse, également appelée imposition d’après la dépense, peut être compatible avec la détention de patrimoine, l’investissement passif et le maintien de participations dans des sociétés étrangères. Elle ne constitue toutefois ni une autorisation de séjour, ni un visa doré, ni un visa d’affaires, ni une autorisation de travail. Une personne qui envisage un permis de séjour suisse par imposition forfaitaire doit donc distinguer soigneusement l’accord fiscal, la base migratoire du séjour et toute question d’activité professionnelle.
Les règles fiscales fédérales exigent, en substance, que le contribuable ne soit pas suisse, qu’il devienne assujetti de manière illimitée à l’impôt en Suisse pour la première fois ou après la période d’absence pertinente, et qu’il n’exerce pas d’activité lucrative en Suisse. Les époux vivant en ménage commun dans un mariage juridiquement et effectivement non séparé doivent tous deux remplir les conditions pertinentes.
La disponibilité du régime, les montants minimaux et le traitement du dossier dépendent également du canton. Le Département fédéral des finances relève que la procédure varie d’un canton à l’autre, et certains cantons ont supprimé ou restreint le régime aux fins de l’impôt cantonal.
La détention passive est généralement plus sûre que la gestion depuis la Suisse
Le modèle le plus sûr est généralement la détention passive : détenir des actions, percevoir de véritables revenus d’investissement et exercer des droits ordinaires d’actionnaire sans implication opérationnelle depuis la Suisse.
Le risque augmente lorsque le demandeur demeure fondateur-directeur général, gère du personnel, négocie des conditions commerciales, signe des contrats, approuve des budgets, fournit des services de conseil ou participe régulièrement à des réunions de direction depuis la Suisse. La question centrale n’est pas seulement de savoir où se trouvent la société, les clients ou les comptes bancaires. Elle consiste à déterminer quelles fonctions commerciales l’intéressé exerce lorsqu’il se trouve physiquement en Suisse.
Qu’est-ce qui constitue une activité lucrative en Suisse ?
À des fins fiscales, la Circulaire no 44 de l’AFC précise qu’une activité lucrative incompatible avec l’imposition d’après la dépense existe lorsqu’une personne exerce en Suisse une profession principale ou accessoire et en tire un revenu, que ce revenu soit réalisé en Suisse ou à l’étranger. Elle mentionne expressément, parmi d’autres exemples, les membres de conseils d’administration qui exercent personnellement une activité lucrative en Suisse.
L’analyse migratoire est distincte. Les informations publiques du SEM indiquent que les ressortissants étrangers ne sont pas autorisés à travailler en Suisse sans permis, et que toute activité lucrative, rémunérée ou non, requiert l’autorisation appropriée.
Les situations des ressortissants de l’UE/AELE et des ressortissants d’États tiers ne doivent pas être traitées comme identiques. Les indications du SEM relatives au télétravail reconnaissent qu’un ressortissant UE/AELE travaillant depuis la Suisse pour un employeur étranger, sans lien direct avec le marché du travail suisse et sans acquisition ni assistance de clients suisses, peut être considéré, sous l’angle de l’ALCP, comme économiquement inactif à des fins migratoires. Pour les ressortissants d’États tiers, le SEM renvoie à la notion plus large d’emploi au sens de l’OASA, qui inclut l’activité exercée pour un employeur en Suisse ou à l’étranger, indépendamment du lieu de versement du salaire.
Cette distinction n’assouplit pas la condition fiscale d’absence d’activité lucrative en Suisse pour l’imposition forfaitaire.
Carte pratique des risques pour les fondateurs et investisseurs
Les exemples suivants ne constituent qu’un point de départ. L’appréciation dépend des faits, du canton, de la nationalité, de la voie de résidence, de la rémunération et du lieu d’exercice de l’activité.
Les schémas à plus faible risque comprennent généralement la détention passive de participations, la perception de dividendes, la gestion ordinaire d’actifs privés et les décisions limitées au niveau de l’actionnaire.
Les schémas dépendant fortement des faits comprennent la surveillance occasionnelle au niveau actionnarial, les réunions de conseil d’administration étranger auxquelles il est assisté depuis l’étranger, les fonctions non rémunérées, l’implication dans un family office et la participation à un comité d’investissement.
Les schémas à risque plus élevé comprennent le travail exécutif régulier depuis la Suisse, les fonctions d’administrateur suisse ou étranger exercées depuis la Suisse, les services de conseil ou d’assistance, les instructions au personnel, l’approbation de contrats, l’acquisition de clients et la gestion de sociétés en portefeuille depuis un bureau à domicile en Suisse.
Une renonciation aux honoraires, un titre non rémunéré ou l’étiquette de « conseiller stratégique » ne suffit pas si la substance du rôle demeure opérationnelle.
Mandats d’administrateur, jetons de présence et rôles de conseil
Les mandats d’administrateur exigent une attention particulière. Un mandat dans un conseil d’administration suisse, surtout s’il est rémunéré ou exécutif, est très sensible. Un mandat dans un conseil d’administration étranger peut également créer un risque si la préparation, les réunions, la prise de décision ou le suivi sont principalement effectués depuis la Suisse.
Chaque mandat doit être examiné séparément : suisse ou étranger, rémunéré ou non, exécutif ou non exécutif, lié à la qualité d’actionnaire ou indépendant, et selon le lieu où le travail est effectivement accompli. Un titre non exécutif ne protégera pas un demandeur qui demeure gestionnaire de fait.
La rémunération doit également être examinée avec soin. Salaire, honoraires de conseil, jetons de présence, carried interest, incitations en actions, dividendes liés à des services et remboursements de frais peuvent tous influencer l’analyse. Les véritables dividendes provenant d’une détention passive diffèrent d’une rémunération déguisée pour des services fournis depuis la Suisse.
La résidence fondée sur un intérêt fiscal pour les non-UE/AELE est discrétionnaire
Pour les ressortissants non UE/AELE, la résidence fondée sur des intérêts fiscaux cantonaux importants ne constitue pas un droit. Elle est normalement examinée sur la base de l’article 30 LEI / AIG et de l’article 32 OASA / VZAE, en tant que dérogation aux conditions ordinaires d’admission. Les Directives LEI du SEM décrivent ces dispositions comme discrétionnaires et nécessitant une appréciation attentive du cas individuel.
Les indications du SEM précisent également que les demandeurs doivent démontrer qu’ils transféreront leur centre de vie en Suisse et y résideront principalement. Lorsque l’admission repose sur des intérêts fiscaux cantonaux importants, toute activité professionnelle ne peut être exercée qu’à l’étranger, sous réserve d’une exception pour la gestion de ses propres avoirs.
Cette exception ne doit pas être étendue au point de permettre de diriger depuis la Suisse un family office, une activité d’investissement, une plateforme de conseil ou la gestion de sociétés en portefeuille.
Pour les ressortissants de l’UE/AELE, la résidence économiquement inactive repose généralement sur des moyens financiers suffisants et une assurance maladie et accidents adéquate. Cette position migratoire ne supprime pas l’exigence fiscale distincte d’absence d’activité lucrative en Suisse.
Preuves et gouvernance avant le déménagement
Une bonne planification doit intervenir avant le déménagement. Les preuves utiles peuvent comprendre les descriptions de fonctions, lettres de démission, documents de délégation, pactes d’actionnaires, organigrammes, procès-verbaux de conseils, calendriers, justificatifs de voyage et documents de rémunération.
Il s’agit d’exemples seulement, et non d’une liste exhaustive. Les exigences dépendent des faits, de la voie choisie, du canton, du calendrier et du stade procédural. Les preuves doivent correspondre à la réalité : qui détient l’autorité, où les décisions sont prises, qui donne des instructions au personnel et où les réunions ont lieu.
Les fondateurs doivent également décider à l’avance où toute activité commerciale inévitable se déroulera physiquement, qui détiendra l’autorité déléguée à l’étranger, et comment le dossier démontrera cette séparation.
L’approbation fiscale ne supprime pas les risques de fiscalité des sociétés ni de permis de travail
Un ruling fiscal cantonal ou une convention fiscale ne confère pas, à lui seul, un droit de séjour ni une autorisation de travail. L’autorisation migratoire, le traitement fiscal et l’exposition à l’impôt sur les sociétés sont des questions distinctes.
La société étrangère peut également être exposée à des questions de fiscalité suisse des sociétés si les décisions de gestion essentielles, le pouvoir de signature ou le contrôle effectif sont transférés en Suisse. La gestion à distance ne crée pas automatiquement une exposition fiscale suisse des sociétés dans chaque cas, mais elle ne doit pas être ignorée.
Si un demandeur doit réellement travailler depuis la Suisse, l’imposition ordinaire et une base de résidence autorisant le travail, telle qu’un permis de travail suisse ou, selon les faits, un permis suisse pour entrepreneurs, peuvent être plus appropriées que de tenter d’insérer une vie commerciale active dans une structure non active.
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Nos avocats spécialisés en immigration suisse peuvent examiner les rôles commerciaux, de conseil d’administration et d’investissement envisagés avant un déménagement, coordonner l’analyse du permis de séjour avec les conseillers fiscaux suisses, et aider à identifier les situations dans lesquelles une détention passive peut dériver vers une activité lucrative exercée depuis la Suisse. Cela est particulièrement important pour les fondateurs, actionnaires-administrateurs, dirigeants, investisseurs et responsables de family office dont l’influence commerciale peut dépasser ce que suggère leur titre formel.
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Foire aux questions : l’imposition d’après la dépense en Suisse
Puis-je gérer une entreprise depuis la Suisse sous le régime de l’imposition d’après la dépense ?
L’imposition d’après la dépense vise en principe les personnes qui n’exercent pas d’activité lucrative en Suisse. La détention passive d’une société étrangère peut être compatible avec ce régime, mais une gestion régulière, des décisions opérationnelles ou un travail exécutif depuis la Suisse peuvent créer des risques fiscaux et migratoires.
Un fondateur peut-il détenir une société étrangère tout en vivant en Suisse sous ce régime fiscal ?
Oui, un fondateur peut généralement conserver des actions dans une société étrangère et percevoir de véritables dividendes. Le risque augmente s’il continue à diriger l’entreprise depuis la Suisse, par exemple en donnant des instructions au personnel, en approuvant des opérations ou en participant régulièrement à des réunions de gestion.
Qu’est-ce qu’une activité lucrative en Suisse dans le cadre de l’imposition d’après la dépense ?
Une activité lucrative peut inclure une activité principale ou accessoire exercée en Suisse, même si le revenu est versé depuis l’étranger. Les fonctions de direction, les services de conseil, les mandats d’administrateur actifs et les activités commerciales réalisées physiquement en Suisse peuvent être incompatibles avec ce régime.
Les mandats d’administrateur sont-ils autorisés sous l’imposition d’après la dépense en Suisse ?
Les mandats d’administrateur doivent être examinés avec prudence. Un mandat suisse, surtout s’il est rémunéré ou exécutif, est particulièrement sensible, tandis qu’un mandat étranger peut aussi présenter un risque si la préparation, les réunions, les décisions ou le suivi sont principalement effectués depuis la Suisse.
Puis-je travailler à distance pour une société étrangère en étant résident en Suisse ?
Le télétravail depuis la Suisse peut soulever des questions d’immigration et de fiscalité. Les ressortissants UE/AELE et les ressortissants d’États tiers peuvent être traités différemment en matière d’immigration, mais la condition fiscale distincte de l’imposition d’après la dépense reste l’absence d’activité lucrative en Suisse.
Un rôle de conseiller non rémunéré ou l’abandon d’honoraires évite-t-il les problèmes fiscaux suisses ?
Pas nécessairement. Les autorités suisses peuvent examiner la réalité du rôle plutôt que son titre ou sa rémunération, de sorte qu’un rôle de « conseiller stratégique » ou non exécutif peut rester risqué si la personne dirige ou conseille effectivement l’entreprise depuis la Suisse.
Les ressortissants non UE/AELE peuvent-ils obtenir un droit de séjour en Suisse grâce à l’imposition d’après la dépense ?
Pour les ressortissants non UE/AELE, le séjour fondé sur un intérêt fiscal cantonal important est discrétionnaire et ne constitue pas un droit automatique. Les candidats doivent généralement transférer leur centre de vie en Suisse, et toute activité professionnelle doit en principe être exercée à l’étranger, sauf pour la gestion de leurs propres avoirs.
Une décision fiscale suisse supprime-t-elle les risques liés au permis de travail ou à l’impôt des sociétés ?
Non, une approbation fiscale ne confère pas en elle-même un droit de séjour ni une autorisation de travail. Le statut migratoire, le traitement fiscal sous l’imposition d’après la dépense et les éventuels risques d’assujettissement fiscal suisse d’une société étrangère doivent être analysés séparément.
Cet article résume le droit suisse de l’immigration et les orientations disponibles à la date de rédaction. Les faits individuels, les preuves, le traitement cantonal et le stade procédural peuvent influencer l’issue du dossier. Il est fourni à titre d’information générale uniquement et ne constitue pas un avis juridique.
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